dimanche 22 février 2009
Ferdi notre ami
Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de la mort de Ferdinand de Saussure (qui, par un miracle qui m'est inconnu, a un prénom qu'il m'est impossible d'orthographier correctement du premier coup. Ferdinand, c'est notre ami, il m'a valu des années de blagues sans fin à la fac, et est, surtout, le papa d'une théorie linguistique dont on voit encore les traces dans les travaux d'aujourd'hui.
Le saviez-vous ? Le Cours de Linguistique Générale (au moment de la rédaction de cet article, on en est à la 6ème édition) n'a pas été écrit par lui. En effet, il s'agit plus d'un recueil de cours, pris par trois de ses élèves, qui ont été comparés, annotés (les annotations de Tullio de Mauro sont formidables, si tant est qu'on aime lire de la police 4 sur 14 pages. Je suis mauvaise langue, je sais) et hop, à la fin, nos petits cours bien chéris qu'on aime. Ferdinand, c'est un peu notre Socrate à nous, linguistes. En fait, il a surtout fait des travaux sur le proto-indo-européen, le canaillou.
Ferdi nous a proposé une théorie du langage basée sur le signe-- du signifiant au signifié (cf le premier article, ou au moins les archives de 2006), ce qui nous en fait une théorie sémiotique (non, j'ai pas inventé ça, ça coule de source), jusqu'à un système cohérent, de l'image acoustique à la représentation comme celle que je vous livre ici, avec des mots écrits grâce à un système de bidouillettes standard et arbitrairement choisies. Oui, les lettres.
Dites donc, vous êtes gâtés en ponctuelleries cette année ! que ça ne se reproduise plus !
Ah, et puis notre beau Saussure, il est mort en 1913, ce qui nous fait près d'un siècle. Behold, en 2013, on fera une mégateuf et des évènements ponctuels et tout dans les rues de Genève et tout ! Non, c'est malheureusement inexact. Disons qu'au moins, je ferai la veillée avec mes beaux livres à la main. Et puis je suis dèg de chez dèg, si vous me passez l'expression. Ferdi, il a pris des cours de sanskrit et pas moi... Où va le monde ?!
Un dernier petit pour la ligne, mais après on en prend plus, ça fait grossir quand même: un texte d'Algirdas-Julien Greimas qui nous décrit l'actualité saussurienne. Bon, ok, l'article a plus de 50 ans, mais quand on aime, on ne compte pas; et puis le monsieur a certainement plus de talents que moi pour vous décrire les théories saussuriennes dans le détail (où je me dédouane pour pas allonger encore la longueur des messages moyens, et où j'essaye de préserver mon quota de blagounettes à la ligne carrée).
samedi 21 février 2009
Journée de la Langue Maternelle
Eh oui. Parce que dans certains pays, c'est important de continuer à utiliser sa langue maternelle, aujourd'hui (et ce, depuis 1999), c'est la Journée de la Langue Maternelle.
Hop, voilà le portail de l'UNESCO qui récapitule toutes les manifestations depuis le siècle dernier, ou presque.
Enjoy !
mercredi 1 octobre 2008
Une coupure de presse
Cet article dans le Times a attiré mon attention. Alors comme ça, suffit de marquer un "Va te faire voir chez les Grecs !" pour avoir une note au GCSE, équivalent en gros du brevet des collèges en Grande-Brittanie.
Je dis pas une bonne note, hein, je dis plus de zéro.
Bien. En fait, le débat important, dont les deux faces sont bien présentées dans l'article, est: est-ce que ça suffit d'écrire "table", "caca", "dessert à la fraise" pour avoir des notes positives ? Qu'est-ce qui fait qu'une réponse est pertinente, par rapport à son contenu qui, pour le coup, est totalement impertinent ?
Notre ami le philosophe H.P. Grice a devisé une façon de juger les propos d'une personne, suivant quatre maximes dorées et irisées dont je vais vous faire part ici présentement pour les quelques lignes qui viendront.
Oui, je sais, l'article n'avait pour but que de vous hameçonner dans ce que H.P. Grice a apporté comme contribution au Monde Libre. Je suis une vile tentatrice linguistique.
Or doncques, voilà nos maximes:
Maxime de Qualité:
Il Faut Dire Ce Qu'on Pense Vrai (genre Galilée, il est mal barré avec ses amis non astronomes). Il va même plus loin, en disant qu'il ne Faut Pas Dire Ce Qu'on Pense Faux.
Il Faut Dire Que Des Trucs Pour Lesquels On A Des Preuves (d'où corolaire, Faut Pas Dire Ce Pour Quoi On A Pas De Preuve)
Maxime de Quantité:
Il Faut Être Le Plus Informatif Possible Par Rapport A Ce Qu'on A A Dire: par exemple, ne pas répondre à la "fausse question" ça va ? par "Oui enfin non, enfin j'ai mangé un truc qui passe pas très bien ce matin, du coup j'ai le ventre lourd, et puis faut dire aussi que vu que c'est la période de mue estivale pour mon Boston Terrier, du coup, j'ai passé l'aspirateur huit fois hier, dont une directement sur le chien, c'était pas très plaisant. Et puis il fait chaud, je suis fatigué, en plus j'ai eu un coup de fil de ma mère qui disait que les travaux pour la future chambre de Norbert (Norbert, je t'en ai parlé, non ? C'est le frère de papa, il s'installe dans une chambre à côté de chez mes parents à cause de ses problèmes de fuites urinaires, c'est moche mais au moins, ça permettra à papa et à Norbert de travailler sur les compos de leur groupe de musique, tu sais, ils ont monté un petit truc de jazz, ils se sont produits une fois ou deux avec le pote de papa, le batteur, tu sais, le marrant, là) bah les travaux de la chambre ils avancent pas très vite, papa s'est fait mal au dos du coup c'est la merde pour finir de repeindre le plafond..."
Du coup, voilà l'autre chose à faire (cf exemple ci-dessus): Il Ne Faut Pas Rendre Sa Communication Trop Informative.
Maxime de Pertinence:
Il Faut Être Pertinent: ne pas répondre à "Tu vas où ?" par " J'ai plus de chaussettes propres, du coup j'ai du prendre la moto ce matin, mais ce qui est chelou, c'est le fait que vraiment, il y a plus de saisons."
Maxime de Manière :
Il faut essayer a tout prix de se rendre Clair et Pas Ambigu. Pour ceci, il faut éviter d'Utiliser des Mots Compliqués sans raison, être bref (souvenez-vous de mon exemple pour la maxime de quantité, c'est quand même pas plus mal de pas déballer sa vie comme un ouphe), et il faut dire les Choses Dans Le Bon Ordre. Plus de : " Attends, attends, attends, Samantha-John, je lui ai dit qu'il pouvait aller se faire voir. Parce que tu vois, en fait, avant, il m'avait parl... Non en fait, en fait, en fait, attends, c'était a la rentrée, on se connaissait pas du tout, et il m'a fait trop rire quand il m'a raconté, enfin il avait raconté devant toute la classe, parce que Mme Durand avait demandé si on avait passé de bonnes vacances, et en fait il avait parlé de sa tante et de son bébé et de ses dents qui avaient..."
Non, hein, on est tous d'accord, c'est plus possible.
Bref, mes amis, je vous souhaite de faire sourire H.P. Grice la prochaine fois que vous passez des oraux. Ou que vous ouvrez la bouche. Et en verite je vous le dis, ce que Grice nous apporte n'a de rapport qu'avec la communication verbale. Mais la physique, c'est super carrément mieux. Enfin, non, pas mieux, je suis linguiste, pas gymnaste, mais c'est aussi complexe et subtil.
"Until next time, non mais ouais mais c'est nul d'aller se faire voir". Hop, j'ai déjà 2 points sur mes GCSE !
vendredi 26 septembre 2008
Journée des langues !
Aujourd'hui, c'est la journée européenne des langues ! Youpi !
L'accroche, c'est :
"Célébrer la diversité linguistique, le plurilinguisme,
l'apprentissage des langues tout au long de la vie"
Cotillons, enfants en robes et kilts chamarrés et papillons de lumière vous attendent tous. Normalement.
Renseignez-vous, allez à des manifestations, tout est permis !
vendredi 15 août 2008
La pause ne s'impose pas, mais en fait elle s'impose quand même
Si vous lisez ce message, c'est que je ne serai plus de ce monde.
Non, je déconne, j'ai toujours voulu commencer dramatique, et c'était la seule occasion.
Je suis, si vous lisez ce message après sa parution (ce qui me paraît logique), non pas dans mon antre linguistique sale et poussiéreuse avec des livres cannibales², mais dans un aéroport, à 15000 km de chez mes beaux livres.
Du coup, je suis pas prête de revenir valdinguer les mots dans tous les sens avant d'avoir une connexion internet dans le coin du monde où on a jugé que j'étais apte à délivrer ma science.
Du coup, désolée (j'en profite pour faucher les blés des recherches), je ne pourrai ni vous aider à arrêter votre siamois de miauler (peine perdue), ni vous dénicher les jeux les plus diphisile (essayez mes variantes des mots codés, ça vaut la peine), et je ne comprendrai toujours pas pourquoi des gens arrivent quand même ici en tapant tata et nu_ [sic]. Quant au monsieur qui a cherché "blagues linguistes", à mon avis, y'en a qu'une : "C'est un linguiste...". C'est tout. Faut bien faire le ton montant, comme s'il y avait une suite à la phrase, mais rien que le fait que des linguistes existent et tout, les imaginer, à mon avis, c'est rigolo.
Je vois avec tristesse que:
- praystation pull
- dicaprio nu
- ali g booyaka traduction
m'ont apporté des visites. Sigh. C'est pas grave, c'est déjà ça. Et pour le monsieur qui a encore des excitations du chat mâle, je peux encore une fois peu de choses... Lisez-lui du Nerval, investissez dans un Bescherelle à lui faire apprendre par coeur, amusez-le avec des règles de conjugaison et d'accord de l'adjectif épithète en allemand !
Pour la personne qui cherche français farcis traduction afghan, c'est pas ici. Non que je sois sceptique au niveau de l'orthographe, mais j'ai déjà bien assez à faire avec les livres farcis. A mon avis, vous devriez monter une opération avec le monsieur de conjugueur turc. Ca devrait pas trop mal se passer...
Enfin j'imagine Laurel et Hardy, genre "C'est moi français/ C'est moi farci/ Tu conjugues/Et moi je traduis !", dans ma tête, ça fait super sympa.
Bref, vale, comme disaient les Romains. Enfin pas pour de vrai, mais d'ici quelques temps, j'aurai de merveilleuses choses dans ma besace de linguistique. En cherchant bien.
Notez au passage que pour l'amusement des petits et des grands, hop, y'a des photos maintenant. Des photos de livres de linguistique qui font sous vos yeux esbaudis ce qu'ils font dans leur milieu naturel, c'est magique, au moins.
² Non parce que là, je suis confortablement installée au coeur de mon bunker phonologique, hein.
vendredi 1 août 2008
Des réjouissances estivales
Je voulais lancer un grand concours magique, genre "toi aussi, gagne ce livret réalisé par mes mimines tremblotantes de sudokus gratuits ! Plus de 1 lot à gagner !"
Et puis je me suis rendue compte que la linguistique n'est pas faite pour gaudrioler en toute sécurité en créant des jeux réalisables directement sur la plage de Compiègne (oui, je sais, je sais), les doigts de pied enfoncés confortablement dans les parties pleine de peau d'orange de la grosse dame qui dort face enfouie dans le sable depuis plusieurs jours (au début, vous aviez bien essayé de la réveiller, mais évidemment, le flic-floc de ses formes plus que charnues, qui suivent la marée et la position de la lune vous a convaincu de la laisser ici, et d'utiliser son corps afin de fixer le parasol et de mettre la crème solaire à l'abri de la chaleur trop vive de cet été de canicule, où vous avez rencontré la femme de votre vie au snack-bar "Friterie Wilson", alors que vous suciez nonchalamment un Calippo à moitié fondu... Trève de romantisme.)
Alors j'ai décidé de vous prodiguer des conseils de linguistique ultime afin d'optimiser vos pages de jeux TéléStar et autres.
Hop, voilà le Mot Codé. How chamarred, how exquisitely carved ! Eh oui, aujourd'hui, je ne vais vous parler que de ça, bande de petits canaillous !
Le mot codé est un délice linguiste. Il faut recréer des mots abscons à partir d'une grille pleine de chiffres, avec un indice souvent minable, genre "Il vole. " 123456. Evidemment, vous avez deviné que les lettres O, I, S, E, A, et U vont vous permettre de farcir cette grille de toutes ses voyelles (sauf Y) et de coller les "s" du pluriel, et autres. Bon, je grossis le trait, mais c'est un peu ça.
Pour réaliser une grille de mots codés ultime, plusieurs méthodes s'offrent à vous. A supposer, évidemment, que vous en avez plus qu'assez de réaliser toujours tout de la même façon, et de remplir machinalement la grille, vu que pour impressionner la dame de la "Friterie Wilson", vous comptez miser le tout sur votre spiritualité exacerbée étant donné qu'elle est prof de yoga et que vous vous faites passer pour une sorte de gourou mystique qui ne va au "Macumba Club Night" que pour méditer sur la cruauté et la vanité du monde.
Plusieurs méthodes, ai-je dit, et je respecte ma parole. C'est pas bien malin, mais au moins, quand vous en serez à remplir la 7° grille de la journée, vous y viendrez, petits canaillous.
*Reverse Method* (Oui, je sais, je mets un truc anglais pour faire bien, c'est mon côté show-business): Au lieu d'écrire normalement, vous tracez vos lettres à l'envers. Certains hardis iraient même remplir le tout avec leur main gauche pour les droitiers, et inversement pour les gauchers. Ca fait gagner environ 2 minutes sur la réalisation de la grille, et provoque assez de frustration au début pour n'être pratiquée que par les guerriers du mot codé. Ou ceux qui veulent impressionner une prof de yoga.
*Polyglott über Alles* (je sais, c'est de formidable goût. Mais déjà, j'ai fait un truc en anglais, alors bon, un truc en allemand, hein, et puis à part "Gartenarbeit ist Krieg", je ne sais pas dire grand chose. C'est pas vrai-vrai, mais ça sert mon propos, vous verrez). Cette technique mérite un peu d'attention, surtout si vous remplissez vos grilles comme une sorte de Terminator survolté, en 2 secondes et sans ciller. Il faut aussi un budget plus important que celui dont vous disposez si vous êtes effectivement allés à Compiègne. En effet, au lieu de prendre sa revue de mots codés en France, en français, il faut vous la procurer en Allemagne, en Italie, au Mali, dans une langue que vous ne pratiquez pas du tout. Comme ça, l'indice de l'oiseau, il ressemblera à rien, quand on sait que "papillon" se dit "Schmetterling" en allemand, ou que "s'élever", en néerlandais, ça donne "rijzen" (à ne pas confondre avec "rijden", aller en voiture, hah, ça ressemble à l'anglais avec "ride" et "rise"; mais avec des lettres qui permettraient un score honorable au Scrabble). Comme ça, on renouvelle l'intérêt avec la maîtresse oubliée: la grille de mots codés.
*Barre, Barre, Barre !* Cette méthode est cruelle, et engendre encore la frustration. Plusieurs écoles s'affrontent à ce sujet, qui est épineux. Au lieu d'utiliser normalement la bonne vieille clef de lecture (qui se trouve en haut,) il faut barrer les chiffres qu'elle contient. Comme ça, pour savoir si A remplace le chiffre 9 ou 10, faut recompter, pour être bien certain. Bon, c'est un peu nul, alors ce que je vous propose en plus, c'est de ne même pas remplir la clef de déchiffrage, et de barrer les chiffres au dessus des lettres déjà données. hah !
C'est un peu miteux, mais bon, ça marche. Un peu. Quand on est fatigué, le soir, et qu'on a pas envie de recompter ses chiffres, on sait qu'il est temps de se lover contre la dame du yoga qui prépare de si bons petits plats macrobiotiques.
*La Diagonale Infernale* Vous n'avez plus le droit que de remplir la grille en partant d'un coin, et de compléter les mots péniblement, petit à petit, le souffle court et les pupilles dilatées sous l'effort. Han !
mardi 15 juillet 2008
L'apprentissage des langues, une grande aventure
Cet homme (dont la photo solaire est au frontispice de cet article) va vous faire aimer la linguistique, et les alphabets. Oui, je sais, il n'en a pas l'air comme ça, mais en fait si. C'est notre nouveau correspondant turc, dans ce blog de langues. Il est, dans ce monde de brutes, le seul rempart à l'alphabétisation et surtout, à l'apprentissage du turc. En effet, il va vous transporter dans un monde dont vous ne sortirez jamais tout à fait pareils: l'alphabet turc ET les mauvaises transitions vidéo.
Il est à noter, malgré la gaudriole manifeste qu'il va vous inspirer, que l'alphabet turc comprend également tout un tas de diacritiques, ces petits accents qui différencient la valeur des lettres; tel un é ou un è, agissant sur la valeur phonique de la lettre. L'alphabet turc ne comprend pas les lettres Q, W, et X, ce qui limite les chances de scorer au Scrabble. Allez donc faire un tour sur cette vidéo sortie des entrailles fumantes de YouTube, vous m'en direz des nouvelles.
Mais cet ami nouveau, et pourtant présent dans nos coeurs, j'en suis persuadée, est aussi à l'origine d'une réflexion gentille sur la phonétique: en effet, pour le ü, il propose la transcription "ü like u in nude". Non non, monsieur. Le son qu'il produit est [y], soit le u français. Mais nude, en anglais, c'est [u:], c'est-à-dire un "ou" long (précédé d'un [j], ou yod, surtout en anglais brittanique). Soit le problème du: comment mettre des gens locuteurs d'une langue X, où il leur manque des sons, pour faire ceux de la langue Y, ou langue cible ? Faut-il s'adonner à la simplification à outrance, comme le monsieur qui dit "bon, [u:], [y], c'est le même son en très gros, alors ça va passer", ou au contraire, dire "attention, ce son n'apparaît pas dans votre système phonique, ne paniquez pas" ?
Parce que l'énorme problème, c'est qu'on considère qu'à partir, en gros, de l'âge de 8 ans, l'aire de Broca, ou partie du cerveau qui gère les langues, est incapable de créer de nouveaux réseaux performants, reliant l'appareil phonatoire au cerveau: soit l'image acoustique qu'on a est faussée (comme, par exemple, si on était persuadés que son ü se prononçait [u:]), soit (et c'est le cas le plus courant), on arrive absolument pas à prononcer le nouveau son qui se présente à nous. Parce que c'est presque impossible. D'ailleurs, à ce sujet, avant, on pensait que peut-être, la gymnastique phonatoire marcherait: on s'entraînerait à mettre la langue comme il faut, à faire sortir l'air comme il faut, et hop, au bout de 15 jours et de 2 séances, on y arriverait.
Le problème, c'est que c'est impossible, et que ça ne marche pas comme ça: je me rappelle l'anecdote d'un docte (hah) qui disait que, dans son jeune temps, il avait essayé de placer un batonnet de médecin dans la bouche de ses élèves anglophones pour leur faire réaliser le r français (si vous ne voyez pas le bien fondé de l'opération, essayez de faire notre bon vieux r et le r anglais. Normalement, vous allez remarquer que, pour réaliser le notre, la langue ne bouge quasiment pas: elle va vers l'arrière, ce qui nous permet de faire ce si joli son, quand il est isolé). Et évidemment, malgré toute la bonne volonté du crew francophile, il s'est aperçu du fait que ses élèves réalisaient un r anglais en prenant le bâtonnet comme appui pour leur langue, au lieu de prendre les côtés du palais, si vous voulez.
Moi, j'aurais aimé voir la classe entière de jeunes gens avec un bâton en travers de la bouche, en train de faire des espèces de croassements sous les yeux incrédules d'un prof. Ca devait être beau, tenez.
Bref, on est bien embêtés, avec ces histoires d'alphabets. Surtout que, souvent, une lettre ne se prononce pas de la même façon, quand elle est à l'initiale d'un mot, ou d'une syllabe, ou à la finale. Là, le monsieur nous assure que chaque lettre est prononcée pareil quelle que soit sa position, mais c'est grâce à nos petit diacritiques qu'il en est si assuré, à mon avis.
Ah, et ne vous laissez pas avoir par le nom de la vidéo. Non, il ne veut pas de câlins gratuits, le fourbe, c'est surtout pour nous attirer dans son piège de langues. Et aussi, ne regardez pas les autres vidéos. J'ai essayé, j'ai perdu un peu de mon âme dans chacune d'entres elles. Oui, celle où il dit que les chats sont des médecins et vous guérit par son ronronnement, c'est peut-être la pire des drôles. Après, il part dans des délires extrémistes, mais nous ne sommes pas là pour rigoler, mais pour laisser son alphabet turc nous pénétrer.
Hiii, une réflexion qui me vient, en voyant les noms de ses vidéos, et ses thèmes préférés; saviez vous que si, en français, on dit "Antéchrist", en anglais, on dit "Antichrist" ?
C'est une erreur du français, le sens passant de "adversaire du Christ" à celui de "précurseur du Christ". Oui, je sais qu'on dit "antidater" pour "antédater", mais en vrai, le grec ayant antikhristos, là, c'est la boulette. Par exemple, dans Rabelais, on avait antichrist mais y'a eu de la mauvaise bidouille entre le latin antichristus et antechristus, et hop, on a gardé le mauvais. La première forme en français a été antecrist, puis on a pensé que c'était joli et voilà.
mardi 1 juillet 2008
Une réclamation (où je m'insurge presque)
La curiosité a tué le chat, comme on dit en anglais. Prise d'une envie multimédia, j'ai tapé "linguistics" sur YouTube. C'est le Mal, ok ? C'est pas bien.
Déjà, on tombe sur la chanson des Cunnin'Lynguists, Linguistics. Avec des paroles comme : "Uh huh, word, uh huh word, yo yo, check it out", comment pourrais-je rivaliser ? En plus, ils ont mis des espèces de samples de trucs et ils répètent "linguistics", mais je trouve pas ça très probant, comme démonstration de la linguistique.
Autre trouvaille rigolote, l'afro-américain vernaculaire vu par des gens: l'afro-américain, ou BEV pour Black English Vernacular, est une forme de l'anglais qu'on trouve principalement dans la bouche des gens afro-américains, et dans celle des Blancs du Sud des Etats-Unis. Moi, ça m'intéresse de voir comment les gens réagissent aux paroles fort spirituelles d'un monsieur, Snoop Doggy Dog, en disant "ah, bah ça c'est un monsieur pas éduqué"... "il doit jouer un rôle"... Etc etc. C'est une variété de l'anglais qui a toujours été fort mal vue, à tel point que des débats et autres réformes de l'éducation ont été entreprises aux Etats-Unis pour voir si oui, ou non, le BEV était une forme codifiée de l'anglais ou juste ces "méchants monsieurs pauvres qui font rien qu'à déformer notre bel anglais". William Labov, entre autres, a fait beaucoup de travaux de sociolinguistique. Je conseille à ce sujet la lecture de Language in the Inner City, qui, bien que comportant des règles un peu wahou pour l'explication de l'omission du verbe copule (souvent be), par exemple, est quand même très intéressant pour expliquer le développement du BEV et des groupes sociaux.
Le Mal Ultime est atteint quand Noam Chomsky est interviewé par euh... Ali G. Eh oui. La Belle et la Bête. Booyaka. Mais c'est marrant quand même parce que pour l'habitué au débit et à l'accent du professeur du MIT, c'est un contraste, euh... rafraîchissant ? Les questions comprennent "How many words does you know ?" et aussi, la définition de "cunnilingual". Pauvre Chomsky.
Un cours d'espéranto pour les débutants, des dialogues passionnants de cantonais, et même des dialogues aussi passionnants en kazahk (presque avec les mêmes acteurs, mais, c'est certain, avec le même fond magique) me confirment dans mon opinion, écrasée par les nombres de 1 à 20 en ukrainien (le titre est trompeur): les cours de langue, filmés, ça rend mal. Ou alors la linguistique et l'apprentissage des langues étrangères est toujours réalisée par des messieurs de 150 ans qui se disent "ouais, un fond bleu canard passé, ça va faire trop moderne !"
Bref, c'est magique. Je réclame donc de la linguistique groovy, du matériel éducatif de bonne qualité, et surtout, surtout, des paroles plus probantes pour les Cunnin'Lynguists. Non mais !
[cet article sera certainement le premier des articles dévolus aux reportages linguistes sur le net, et ses environs. Hah. Vous êtes bien attrapés.]
dimanche 15 juin 2008
Podcasts divers de langues et de linguistique (pour entendre ce qu'on lit)
Voilà une liste de petites chosines qui pourraient intéresser vos oreilles, si tant est que vous vous intéressiez aux mots, aux langues, et aux façons de les parler. Dans cette ère moderne, où les jeunes se baladent même plus avec de gros dictionnaires dans leurs sacoches en cuir, deux pommes de terres chaudes dans les poches pour se tenir chaud et traverser ainsi les 8 km de marécages qui les séparent de leur école froide et sordide où les attend un maître sadique qui donne des coups de règle en bois sur les doigts endoloris, le podcast est une invention moderne, traduit agréablement par le français baladodiffusion.
Veuillez, pour faire encore plus pédant, dire "balllladodiffusion" ou écrire "peaudequaste" pour faire comme moi.
Bref, on y va, hiouïgo, comme disent les skateurs quand ils font des half pipes de la mort et qu'ils se font même pas mal au skate après.
On va commencer par les radios du service public, par exemple France Culture, vu que vous êtes encore bien imprégnés de "ballladodiffusion" (au pire, vous répétez plusieurs fois, et une fois le moment venu, continuez à lire cet article)
France Culture- L'Oeil du Larynx
Parution: tous les vendredis
Cette émission courte, d'environ 5 minutes, nous présente des mots divers, animés par la fourbe verve (ça fait joli ensemble, hein ?) du Professeur Rollin. Oui, le rigolo qui avait "toujours quelque chose à dire" dans Palace. Eh bien il a toujours quelque chose à nous dire, et toutes les semaines. Si j'étais une personne de mauvais goût, je donnerais des notes et tout, et la sienne serait bonne.
France Info- Le Mot de la Semaine
Parution: tous les mardis
Frédéric Gezrsal (qui œuvrait dans les Dix Mots de Midi, sur France Inter, ou Europe 1 le dimanche matin il y a maintenant des siècles, l'émission présentée par William Leymergie et dont le générique était l'indicatif du truc de Ruquier dont je ne me souviens plus du nom, vu que la télévision, c'est le Mal) fait une chroniquette très courte, toutes les semaines itou, mais de 2 minutes. Il n'a pas le talent de notre bon Professeur Rollin (qui peut énerver, je comprends) mais là il nous case un milliard de mots dérivés d'un seul et unique, et c'est assez plaisant à écouter, surtout quand on est pressé.
Pour la lexicographie pure, et en français, c'est fini. Il est à déplorer la perte de l'excellente chronique d'Alain Rey (dont j'ai évidemment des posters, des photos encadrées que j'embrasse tous les matins et tous les soirs pour qu'il me porte bonheur), sur France Inter, Le Mot de la Fin, qui était à la fois drôle, quotidienne, assez caustique et intéressante, ce qui fait beaucoup pour un seul homme.
En anglais, j'ai deux émissions un peu longues, qui concernent à la fois les mots et les façons de parler; de grands thèmes, comme les noms composés, la rhétorique, mais aussi les surnoms, les mots de la famille (cf article ancien de ce journal sur internet)... C'est beaucoup plus long, c'est américain, mais c'est gentil.
Tout d'abord, The Word Nerds
Parution: chaotique. Comptez un par mois, ou plus, ou moins. En gros.
L'émission fait environ 40 minutes, et chaque séance contient l'étude d'un gros mot, et est animée par 3 professeurs (qu'ils disent, qu'ils disent !). C'est assez sympa, c'est un talk show qui nous décrivouille assez bien ses thèmes. Pour ne pas conclure là dessus sur The Words Nerds, sachez que la dernière édition concernait les jeux de mots et les jeux sur les mots, et qu'ils en sont à plus de 100 émissions, ce qui veut dire que c'est un business qui dure.
Puis vient A Way With Words,
Parution: tous les lundis
Bon talk show des familles: une dame auteur (auteure, ça fait un peu moche, écrivaine aussi et c'est même plus du français) et un monsieur lexicographe nous racontent leurs histoires personnelles, reçoivent des coups de fil de gens qui disent "bonjour, comment on appelle le creux derrière le genou ?" et ils leurs raccrochent même pas au nez, le tout dans une ambiance linguiste bon enfant. Les émissions standard durent 50 minutes, et il y a des "spéciales" de 5-6 minutes, où la dame, Martha, nous raconte une anecdote, et répond aux questions les plus étranges des auditeurs.
Le petit côté people voudrait qu'ils soient mariés, grâce à la ressemblance étrange de leurs noms. Mais non, elle s'appelle Martha Barnette, et lui, Grant Barrett donc c'est presque pareil mais en fait non.
Ce petit côté people vous a été apporté par moi. Merci.
Pour les ballllado-émissions plus portées sur les jeux de mots, de langue, et la pédanterie plus littéraire (non que je n'aime pas, loin de moi cette accusation, j'écoute aussi seulement c'est moins mon truc), je ferai un autre message.
Si vous avez des questions, des apports à ajouter, je prends *tout*. Si les liens ne marchent pas, c'est qu'ils ont été effectués avec mes doigts tremblants et pas très agiles, donc j'essayerai de kidnapper un ingénieur informaticien pour les rebidouiller. Si vous avez des photos d'Alain Rey, je prends aussi. Des dédicaces. Des petits signes de la main gentils. Des sourires en coin. Des coton-tiges usagés.
Ah, et évidemment, toutes ces émissions sont la propriété intellectuelle et physique de ceux à qui ça appartient, et je ne peux même pas être tenue responsable de tout ça. Et c'est presque dommage, donc je laisse les droits des copies aux gentils et aux méchants, même, qui ont créé toutes ces beautés pour que vous vous esbaudissiez les oreilles.
samedi 31 mai 2008
Jeux de rôles (où il s'agit de sémantique et de syntaxe, et où on va pas rigoler sévère)
Dans ma grande réforme sérieuse de ce journal sur internet, où je voudrais quand même faire passer de vraies idées linguistes sans pour autant ne faire que de la traduction que certains qualifieraient de "caca" (Hugo, 4 ans), je vais me fendre d'un article vraiment sérieux, avec des mots de la vraie syntaxe, mais en gentil, quand même. Je pars du postulat que c'est quand même pas marrant de rentrer comme ça hop, sans préparation, dans la linguistique, alors voilà.
Pour cette séance de bungee-rope athlétique, où les muscles du cerveau sont sollicités, je vais faire appel aux rôles sémantiques des éléments dans une phrase: c'est-à-dire le lien entre rôle sémantique et rôle syntaxique dans la phrase.
Tout le monde suit ? Vous n'êtes pas morts ? Eh bah tant mieux. Pour les latinistes, ceci devrait être niveau: piece of cake, quand même.
On a donc une différence entre l'action dans le monde, qui le change, et la façon de la décrire avec notre outil, la langue. Eh oui. On ne peut pas faire de linguistique des animaux, malheureusement, parce qu'ils ne disposent pas d'un méta-langage pour décrire ce qu'ils racontent (ou plutôt, parce que si ça se trouve, on ne connaît pas leur méta-langage, mais qu'on fait semblant d'être plus intelligents qu'eux, alors hop, on les range dans une sous-catégorie.)
Bref. Ceci était l'introduction gentille. Nos deux participants et demie de la journée ont été volés à un feuilleton américain. Les catégories syntaxiques ont été inspirées par de nombreuses personnes (y'a en fait peu de linguistes qui sont d'accord les uns avec les autres) mais notamment, par J-C Khalifa, qui, outre ses articles avec toujours une pointe d'humour, écrit aussi des livres avec des pointes d'humour. Enfin, La Syntaxe de l'Anglais, c'est pas super marrant comme ça, et il n'a pas inséré des blagues de Carlos pour faire passer la pilule, mais c'est quand même un peu distrayant, des pointinounettes de blagues de temps en temps.
John-athan-Kévin a bousculé Samantha.
John-athan-Kévin est celui qui change le monde, qui est l'auteur animé et humain (en gros) du procès du verbe et en plus il le fait consciemment (dans mon cas, vu que ça m'arrange). John-athan-Kévin est donc l'agent de l'action.
Quant à Samantha, elle est le participant non volontaire de l'action, vu qu'elle a fait tomber son sac et que son brushing est foutu. Elle subit, et est donc, à ce titre, le patient de l'action.
Tallulah-Belle a vu un sac trop cool en solde.
Tallulah-Belle vit l'expérience, elle est affectée psychologiquement (son porte-monnaie aussi, dans un futur proche). Elle est donc (la traduction est minable, mais c'est pas la mienne) l'expérienceur ou expérient, (les deux sont attestés, vu qu'ils sont la traduction de l'anglais experiencer)... Quant au sac, vu que c'est l'ami de Tallulah-Belle et qu'elle le trouve trop beau et que c'est lui qui l'a changée, il est appelé source du procès.
Le serial killer a découpé le foie de Cindy avec un couteau aiguisé (avant de le déguster avec du Chianti).
Nous ne nous intéresserons qu'au couteau aiguisé, qui, dans son syntagme prépositionnel, est l'instrument de l'action. Ah, c'est bien, hein ? Vous vous y attendiez pas hein ? C'est en fait le participant non-animé qui aide l'action, d'où le nom d'instrument.
Gary-Stuart a donné un yacht à Gabrielle.
Gabrielle, cette chanceuse, est non seulement l'objet indirect syntaxique de la phrase, mais en plus, elle est la bénéficiaire de l'action, elle bénéficie de l'évènement. C'est normalement un participant animé, mais on ne sait jamais, avec cette farceuse de Gabrielle !
Harry vit en Californie.
Dans ce dernier exemple moins rigolo, si Harry est le thème de la phrase (ce dont on parle, et non l'agent, vu qu'il agit pas beaucoup), la Californie est un locatif.
Maintenant, c'est pas marrant; on a un problème: ce qui est sujet de la phrase, que ce soit Gary-Stuart ou Tallulah-Belle, c'est pas forcément l'agent sémantique (bien qu'il y ait souvent des interactions). Ce qui est précédé d'une préposition, c'est pas uniquement l'objet indirect (c'est le test pour voir si ç'en est bien un) syntaxique, mais aussi soit le bénéficiaire, l'instrument, voire le locatif. Vous imaginez le bazar.
Et encore, je ne parle pas de l'attribut du sujet. Rôle sémantique ou pas ? C'est le caca pour trancher. Bref, la leçon à retirer de tout ça, c'est que certes, on a une décomposition normale en sujet+verbe+objet, mais qu'en plus faut prendre la sémantique en compte parce que sinon, c'est pas assez.
Alors, comme ça, vous trouviez les leçons de grammaire trop dures quand vous étiez à l'école primaire et qu'il fallait souligner le verbe en rouge, l'objet direct en vert et l'indirect en noir ? Eh bah venez tâter de la vraie grammaire. Parce que la grammaire, c'est gentil, quand même. On a des voix, des aspects, des choses finies et d'autres non-finies, des verbes téliques et d'autres bitransitifs, c'est chouette.
Un jeu pour les latinistes, pour finir ce petit article: essayez de trouver et de catégoriser les cas de chacun de ces rôles sémantiques. Et utilisez le Latin Hardcore, celui avec les 9 cas, comme l'indo-européen. (en fait je délègue mon travail: je n'ai pas fait assez de latin pour en connaître plus que des petits cas comme le nominatif, l'accusatif, le datif, le génitif, le locatif et l'instrumental, mais y'a pas de vocatif dans mes rôles sémantiques, et j'ai oublié ce qu'était l'ablatif, mea maxima culpa.)

