Mes Langues aux chats

samedi 27 octobre 2012

L'angoisse de l'Indicible

Il est des choses qu'on pense, mais qu'on ne dit jamais.
Parce qu'on est des grands, des êtres humains avec des surmois de compétition. On ne dit donc pas à voix haute : "Han, ce pull, qu'est-ce qu'il est DOUX ! Il me fait l'épaule comme un savon Dove, je l'aime" devant son patron. Ou qu'on a des fonctions biologiques qu'on pourrait considérer comme gênantes. Bref, on garde normalement pour soi ces histoires (à ce sujet, je vous conseille les travaux sur les mots interdits d'Allan et Burridge [1])

Encore que j'aie des amis-contre-exemples. Et qu'il m'arrive de lâcher prise et de raconter des horreurs indicibles.

 En revanche, il y a des choses qu'on ne devrait pas ou plus dire, mais qu'on dit QUAND MÊME. Soit pas au bon âge, soit pas à la bonne personne ou au bon public. Illustration, en plein de cas de figure et autant de gênes potentielles.

 

Cas #1 : Ce qu'on disait quand on avait 8 ans mais qui passe plus du tout une fois adulte :

Moi, quand je deviens amie avec des gens --et je ne parle pas de Facebook et de sa friendship request illustrée dans cet éminent article niveau quand je serai une grande, je voudrais écrire pareil-- je le sais parce que je raconte de plus en plus de trucs. Oh, ça peut être une taillade à l'encontre de Mariloune qui a encore mis trop de maquillage et pas assez de déodorant et on rigole et on en rajoute une couche, ça peut être de la confession intime à la "non mais tu vwaaaas, y m'a dit "je n'aime pas ton frère", je lui ai dit "si c'est comme ça, on fait chambre à part et je DECOUPE TON VISAGE de mon ALBUM DE SCRAPBOOKING !", ce sont des petites choses subtiles et intimes qui font que, de "l'inconnue avec laquelle je prends le train pour rentrer du boulot", je passe à "ma bestah 4ev@".

 

Cet enfant nous expose sa demande d'amitié dans une vidéo touchante et perplexifiante en même temps. Comme ça faisait longtemps que je n'avais pas fait l'exégèse d'un clip, voilà les choses que j'ai apprises grâce à Antoine Vigne.

Antoine Vigne - Je veux etre ton ami


Son message naïf, "je veux être ton ami", est borderline creepy quand on imagine qu'il a une douzaine d'années. Moi-même, ringarde et mal fagottée à l'époque (pardon maman, mais c'est vrai !), je pense que je n'avais pas repoussé les limites du naze jusqu'à dire verbalement avec les mots et tout mon corps tremblottant "je veux être ton amie".

Avec lui, on a une illustration de ce qu'être seul comme une merde signifie, en images. Quand on est seul, dans le désordre, on :

  • joue de la guitare. Option : jouer dans une étable comme Jésus.
  • Fait du cerf-volant approximatif
  • met son pied viril sur un caillou en regardant au loin en se disant "Peut-être que la marée va m'emporter et que je vais me noyer, monde cruel rempli d'INGRATS"
  • se lève, assez guilleret, quand même (on est seul, mais on se laisse pas abattre). Option : on ouvre de curieux volets tournants.
  • On marche vers le lointain romantique en levant les bras, pour faire dire à Cristina Cordula qu'on a le corps en X
  • écrit des lettres sur du papier d'écolier, un peu effrayantes, où on appuie sa demande d'amitié. Option : avoir un sous-main Yorkshire, pour que les spectateurs comprennent bien pourquoi cet enfant est seul.
  • peut se traîner seul dans le jardin, en se disant "je vais prendre l'air, ça va me faire du bien".
  • démolit des pissenlits pour faire passer le temps.

 

Avec des amis, on fait des activités beaucoup plus enivrantes, du coup il a raison de nous demander d'être amis comme l'océan et les poissons. Je rappelle, à toute fin utile, que les poissons défèquent, mangent, se reproduisent, naissent et meurent dans l'océan.

Avec Antoine, l'amitié risque d'être pleine de petites surprises, mais voilà ce que lui et ces pauvres figurants ont concocté, comme "activités d'amitié" :

  • Tourner dans un tourniquet magique à 14, du coup le truc va à 2 mètres/heure
  • Jouer de la batterie. Option : du tambourin, si on aime bien les gros plans sur les pieds.
  • Faire du sport de foufou, comme le badminton ou le frisbee.
  • Organiser des pic-nics avec fruits et Banga. Option, arriver en retard mais après son propre panier de fruits, qu'on récupère sur le chemin. 
  • Regarder un coucher de soleil et marcher main dans la main à 8 PERSONNES. Un classique.
  • Chanter devant une fille qui fait des efforts pour ne pas rire. Option : lui prendre la main
  • Rire en rang d'oignon en regardant TOUS dans une direction différente (certainement mon activité amicale préférée)

 

 Cas #2 : à ne pas dire... Ou pas à ce(s) public(s). 

2.1 : Ne pas dire, ne pas écouter

Il y a quelques jours, j'ai été très amusée dans la rue en voyant un père et sa fille, de 3 ans. La gamine était partie dans une explication philosophique de comment c'était bien à l'école et y'avait Marie elle a dit que et puis la maîtresse elle a dit ça et puis après j'ai fait un dessin avec des crayons mais y'a Théo qui. 

Le père, manifestement enchanté par le tout, n'a pas décroché un mot, il arborait l'oeil torve et lointain du "j'aimerais être en train de boire un mojito à Ibiza".

Pas un seul "hmm-hmm" qui, normalement, code "vas-y, continue à parler, ça m'intéresse", et j'ai aimé que l'enfant soit un être pourvu simultanément des options "parler sans discontinuer" et "pas jauger l'intérêt de son interlocuteur". Comme, mine de rien, beaucoup d'adultes... 

Tiens, je vous mets même cette vidéo de J. Taieb qui illustre l'enfant qui pose de la question bête dans une chanson gnan-gnan. Parce que normalement, personne ne devrait demander "Maman, jusqu'où tu m'aimes ?". Appréciez les moments de blanc un peu gêné. Extra-beat-bonus-shogun-dah-night : une exploitation de cette chanson + Maman Très Chère + choré inspirée qui me fait mourir de rire. 

2.2 : Ne pas  laisser à la portée de toutes les oreilles. 

Bref, cette historiette introduit le cas 2 : ce qu'on ne dit normalement pas, jamais, à des gens qui ne sont pas concernés. Je veux parler d'un Tumblr qui est cruellement drôle : Je t'aime sur Internet (JTASI). Le principe est simple : l'auteur a été chercher sur internet les plus beaux photomontages Youtubesques de gens qui célèbrent leur lauve de coeur coeur bisous. C'est une sorte de nouveau genre discursif qui relèverait du domaine privé, mais qui, est inexplicablement donné en pâture à tous les utilisateurs de Youtube. Je ne voudrais pas être Célinisante, et dire que l'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches, mais je dois avouer que, dans la plupart des cas, ce qui se dit entre des gens qui s'aiment est à la fois toujours un peu pareil, et normalement privé. Quand deux amoureux roucoulent devant moi, il m'arrive de réprimer des jets de vomi par les oreilles, et normalement, je garde mes propres transports pour La Personne Humaine. 

Internet, c'est "je t'aime à l'infini" à la portée des moqueurs. 

La base est simple : une personne amoureuse d'une autre créé une ode à son couple ou à son aimé.e. 

- en fond audio, une chanson (option : mise en boucle !!) 

- en image, des amoureux. Soit Dulciné.e, soit le couple. Soit, étrangement, soi-même. Je ne me l'explique pas.

- en mots écrits à même l'image, ce qu'on ressent pour Chouchou Pompon. Option, quasi obligatoire : la faute d'orthographe (qui en dit souvent long sur l'âge et la catégorie socio-culturelle du concepteur de l'ode sus-dite). 

En plus, JTASI nous met des extraits fourbes de ce à quoi on va avoir droit dans la vidéo. Echantillons choisis : 

- ma fée qui conte le plus dans mon coeur et celle que je suis trop bien avec elle tu est toute ma vie je suis trop bien avec toi ma femme” 

Je ne fais pas l'éxégèse du conte de fée, mais j'aime beaucoup la construction de "celle que je suis trop bien avec elle"; on court-circuite le pronom démonstratif, on colle une sorte de relative; la construction qui se finit avec une préposition qui me rappelle des constructions à la germanique type : 'the one I'm super happy with".

-" Je dédie cette vidéo a l’élue de mon coeur , voila 2 ans que l’on partage notre vie et que l’on et fiancé je t’aime tellement rien ni personnes ne poura nous séparer les biacth briseuse de couple affamé ses pas pour vous gar a celle qui s’approche de mon homme direct coup de tete baleyette jlenvoi a l’hosto ;) et puis de toute facon mon homme vous tege direct donc voila tous sa pour dire ses ma proprieter privé hihi mon bonheur mon ame mes joie mes rires il et tout pour moi . je t’aime l’homme de ma vie signé ta petite Annamour :)"

Là, j'adore l'avant-propos. Partie 1 : pourquoi je fais cette vidéo. Partie 2 : Les biatch briseuses de couple, attention, non seulement je vous défenestre le visage, mais en plus mon amoureux vous jette; il est à moi. Partie 3 : je l'aime parce qu'il est tout pour moi. J'adore l'espèce de phatique à la fin, aussi, "signé ta petite Annamour" sans changer de paragraphe.

C'est en lisant des textes comme ça que je vois aussi la dimension orale de l'écrit sur internet. Parce qu'il n'y a aucune ponctuation, ou presque, on se retrouve dans une situation de "voix retranscrite", un peu.


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Brandon et Delphine .:. 3 ans que notre histoire sans fin est née

3 ans que notre baiser c’est réaliser dans le bac à sable du camping 
ce fameux samedi 16 aout 2008 à 23h54 

je me souvien comme si c’était hier mon amour 
on a peut etre eu des haut et des bas mais notre amour es bien plus fort que n’importe quoi et qui

Je t’aime mon amour ♥ je ne suis pu rien sans toi Je t’aime énormément :$

je t’aime comme le premier jour , tu est si tendre, si beau t unik a mes yeux

Là on a un effort de mise en page, mais les expressions "notre baiser s'est réalisé", et surtout, des détails qui tuent de précision (on peut peut-etre invoquer un peu Grice, là, on a un problème de maxime de quantité, je crois. Si tu es perdu dans Grice, j'avais fait ce vieux billet il y a quelques années).

 J'aime beaucoup cette vidéo, parce qu'on sent que la dame a pris un peu toujours la même photo d'elle avec "l'angle flatteur qui va bien"; appréciez la photo recadrée ou non, quand on voit son chat dans son lavabo ou non. Je trouve que le point focal des images est étrange, mais elle nous invite quand même à quipher la vaïbz de ses vidéos : "bienvenu ; D dans [s]on petit monde [elle l']aime pire que tout au monde ; D".

 

Je pense qu'il y a un boulevard pour le linguiste francisant qui voudrait étudier les vertiges de l'amour, avec les Skyblogs qui célèbreraient les bisous et la joie. Comme je suis une petite blagueuse, j'ai voulu chercher des corpus déjà exploitables, en tapant dans mon moteur de recherches préféré ""je t'ai rencontrer" skyblog bébé" (faute de français + vocatif d'amour + le lieu de recherche = on est à peu près certain de trouver), et j'ai trouvé ce contre-exemple "Depuis que je t'ai rencontrer... Je ne te quitterai plus jamais !" qui illustre quand même l'amour et la tindresse [sic], mais... point de couples en premier résultat !

Heureusement, ici, de l'amour, de la faute d'orthographe basée sur des homophonies en pagaille, une grammaire chancelante et surtout, un curieux focus dans le premier article : attention, ne vous laissez pas avoir par les photos de la petite fille en haut, le bas de l'article et ce .gif animé et inspiré nous montrent que c'est bien un article sur des amoureux. Ou alors on a un hénaurme problème, Houston. 

Petit teaser : "Je t'aime depuis que mon regard c'est posé sur toi. Tes premières paroles on fais chavirer mon coeur, mes sentiments ne font que d'augmenter pour toi, ils sont incontrôlables. Depuis le 8 juillet 2012, grâce a ton  amour que tu m'offre, tu me fais de moi la plus heureuse des filles sur cette Terre. tu a  remplacer mes larmes  par un sourire qui s'est crée sur mes lèvres. Ce sentiment que j'ai pour toi je ne l'ai jamais ressentit en  moi, c'est tellement puissant."

Mon instinct de linguiste de corpus me dit que ce blog pourrait être un bon point de départ pour travailler l'affect et les blogs parce que l'auteur se livre façon journal intime, et écrit des messages assez longs, mais je ne le trouve pas assez flamboyant dans le côté "calligraphie numérique", avec des couleurs et des choix graphiques alternatifs cohérents... 

 

Cas #3 : Mais QUI me parle ? 

 

Autre cas de l'indicible (ou du non-écoutable) : on a un message, on a un "je", mais ON SAIT PAS QUI C'EST. Je suis en bisbille permanente avec mon bureau de poste (dernière en date : "ah mais le postier s'est trompé dans les codes-barres, celui pour votre colis c'est pas celui qui est sur le papier, c'est pas votre nom pas votre adresse, je retrouve pas votre colis, revenez plus tard"). Et, emplie du courroux normal que chacun devrait ressentir en s'entendant dire que c'est pas ce soir qu'on aura son Bourdieu, mon oeil fut attiré vers ce panneau qui m'a fait redescendre d'un étage direct :

 je_vous_remercie

 

 J'en déduis donc que ce "je" énigmatique peut être :

- l'employée aux yeux tombants, qui a bêtifié un client avant moi "y'a marqué le TANT alors ça sera disponible le TANT" avec moult doigts sur son avis de passage, ou celui qui a une tête de routier sympa, une veste à poches sur un pull approximatif et qui est toujours en train de courir partout dans le bureau. 

- le panneau lui-même, qui a une affordance de folie : non seulement il est placé avec un angle agréable à l'oeil du client, puisqu'il lui fait face, qu'il peut contenir une feuille, ET qu'en plus il est doué de conscience de soi, puisqu'il maîtrise les deux éléments d'une conversation : l'énonciateur (ce "je") ET le co-énonciateur ("vous"). Bon, il a une maîtrise un peu approximative de la grammaire, mais on peut pas tout demander à un panneau de plexi avec pied intégré. 

 [1] Allan, K., & Burridge, K. (2005). Forbidden words. Cambridge: Cambridge University Press.


Ce billet est dû entièrement dans sa conception à un séminaire de Master 2/Doctorat/ Post-Doc/Astro le Petit Robot où, figurez-vous, on ne claque pas de mots compliqués devant des petits poulitous qui commencent à écrire les 10 premières pages de leur mémoire, contrairement à certaines idées reçues.

En linguistique et en analyse de discours, on fait les foufous, on débat, et on a des LIENS VERS DES VIDEOS YOUTUBE MITEUSES. Parce que l'analyse de discours sur internet, c'est quand même une science où on peut parler de LOLcats, de Gangnam Style tout en faisant avancer la Science.Pas la même qui permet de développer le Biactol pour la peau crasseuse et acnéique du matheux, mais celle qui permet de comprendre comment tu discutes en Web 3.0. 

Bref, je dédie chaleureusement ce billet à tous les acteurs de ce séminaire, de mes partenaires de débat au professeur qui me laisse l'interrompre et raconter mes anecdotines toutes les 2 minutes 42 environ. 

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lundi 8 octobre 2012

Maladie Linguiste : Niveau 38°- Fin de toux

Quand on est malade, vient enfin un moment un peu plus agréable mais pas non plus serein.

On se traîne encore, courbatu et fatigué de la côte flottante qui a rien fait qu'à battre contre le diaphragme environ 400 fois/jour quand on était aux portes de la Walhalla*...cependant, on sent quand même poindre un appétit pour les livres et les milliards de trucs à faire qu'on avait laissé tomber, et on peut déjà se résigner à refaire la vaisselle après ces tentatives infructueuses de dresser les chats pour le faire.

Bref, on va mieux-mais-pas-encore-top. 

 

Quand je suis dans cet état, je fais des linguisteries plus évoluées que me commettre mentalement devant des émissions affreuses. Je joue à la Praystation et, en ce moment, je joue à une petite chose qui me plaît bien. Comme je suis pauvre/que j'ai peu de temps/que je suis friande de jeux d'occasion pour pouvoir me payer d'éventuelles DLC², je joue à des trucs que mes amis plus geeks mais ayant plus de temps ont déjà fini 4 fois sans les doigts. 

 

Là, pour mon temps pré-rentrée universitaire/malade, j'ai choisi Fallout : New Vegas (sorti en 2010, c'est vous dire le décalage espace-temps entre la Vraie Vie et la mienne). Pré-rentrée/malade = je pense finir le jeu à peu près en novembre 2018.

Fallout_New_Vegas

Avoue, toi le non-gamer, ça donne envie, hmm ? On sent qu'on est au coeur d'une petite intrigue guillerette, je sens le désir du jeu dans tes yeux. 

 

J'ai toujours eu un faible pour ce jeu (le 4è de la série-- pas au niveau des 2 premiers mais si je rétrogamais plus encore, je devrais m'acheter Pong alors ça suffit la nostalgie), à cause de l'ambiance post-apocalyptique, des gros flingues, et du côté immersif. Je fais toutes les quêtes comme une petite disciplinée, et je vais même voir sur le net pour être certaine que j'ai pas fait de bêtise.

Bref, depuis le 3, j'apprécie le décalage armes à énergie pour défourailler du gros mutant + jazz des années 30-50 dans les oreilles (ceci me rappelle une discussion sur les biais alternatifs de culture; il m'aurait semblé improbable de me mettre à écouter du jazz en jouant, avant, et pourtant...). Ce n'est pas qu'un jeu de gros boum-boum, on peut aussi s'en sortir -comme dans beaucoup de jeux de rôles- en discutant ou en négociant avec les différents personnages.

Dans cet opus, on a un conflit Empire Romain/Empire américain pour le contrôle d'un barrage; la carte est aussi parsemée de tribus (mongole entre autres), qui rappelle cette question très fantaisiste mais finalement pas si bête d'un internaute, il y a déjà quelques temps de cela [lien en anglais].

Les vrais connaisseurs savent que je caricature un peu mais en gros, j'aime bien Fallout : New Vegas en sortant de maladie. Et de journées de cours trop longues.

 

L'intérêt linguiste réside dans plusieurs éléments de la chose : déjà, on est dans un monde post-apocalyptique, près de 200 ans après la dernière guerre nucléaire qui a peu ou prou rasé la terre. Les survivants sont les descendants des malins qui se sont planqués dans des abris antinucléaires (d'où le titre, Fallout, "retombée", comme une retombée nucléaire, mais aussi comme un "fallout shelter", ou justement, abri antiatomique).

 

Ma première réflexion est la suivante : comment ça se fait que tout le monde parle en gros le même anglais, alors que 200 ans sépare les dernières interactions entre certains groupes, vu que certains ont été isolationnistes jusqu'au bout du maintenant tout de suite ?

Disons 25 ans/génération; vous vous voyez parler *pareil* qu'il y a 8 générations ? Et surtout, ne développer aucune particularité de langage ? Non que je veuille m'adonner à la lépidoptéro-sodomie, mais ça me plaîrait d'avoir des avis de gens qui étudieraient des groupes de langues  complètement isolées mais pas depuis très longtemps--il me semble que dans certains groupes de langues, type les langues polynésiennes, on ait ce genre de cas de figure.

Sauf que là, l'anglais est une langue écrite. Donc on aurait des écrits d'avant-guerre + une standardisation et/ou une stagnation des pratiques langagières autour d'un écrit ? Pas sûre.

Mais 200 ans, pour devenir des langues à part, ça me semble très court (j'imagine que je comprendrais quand même mon arrière-grand-père à la 6è génération, si vous voulez, même si nous aurions besoin tous les deux de parler lentement pour nous comprendre). Mais la différence, en l'occurrence, n'est pas temporelle, mais géographique. Et culturelle. On imagine des abris qui ont chacun leur culture et mèmes, transmis de génération en génération. 

Bref, c'était la vraie-question-je-me-donne-bonne-conscience-parce-que-je-joue. 

 

Maintenant, l'autre linguisterie de ce billet concernant ce jeu, c'est le fait que, pour la première fois, je vois un personnage de linguiste pour de vrai, qui fait son coming-out et tout. J'étais comme une adolescente en fleur. Alors oui, on a normalement une sorte de Professeur Tournesol linguiste, parfois, dans certains jeux, du qui sent des coudes, qui porte du velours côtelé et sait déchiffrer du verlan araméen fingers in the nose.Oui, on a de l'anthropologue un peu romantique, du biologiste un peu sexy, mais normalement, des linguistes qui se revendiquent en tant que tel, niet zéro dans l'univers du jeu vidéo [à ce sujet, ami gamer, si ce que je te dis te fâche tout rouge parce que tu en as déjà vu en vrai, fais-moi signe. Mais je veux du linguiste qui l'affirme, pas du qui parle 7 langues point].

 

Ce linguiste n'est nul autre que l'Empereur César. Et là je dis bravo.

Pour le non-gamer sceptique en toi : oui, alors, en fait, il s'est inspiré de l'empire, nous savons tous, lui compris, que ce n'est pas le vrai César. Bonne conscience x2, j'ai pu réviser mon latin tout en jouant (un peu). Mine de rien, j'ai appris ce qu'était un vexillarius (ou porte-étendard) alors que rien dans mes études ne m'a préparée à connaître un mot latin aussi spécialisé.

Caesar

Y fait un peu son malin avec son grille-pain cosmique greffé sur le bras, je trouve. 

En anglais, les membres de sa faction l'appellent [ˈkaɪsar] (la prononciation classique latine du prénom); alors que les autres, [ˈsiːzɚ] (la prononciation moderne du mot, comme dans une "caesar salad" quoi). C'est intéressant uniquement parce qu'on imagine que ses fidèles ont une connaissance plus grande de la culture latine. La différence avec l'anglais standard s'explique parce que ce prénom est anglicisé, même si en l'occurrence, c'est un puissant chef local dont on devrait connaître le nom tel qu'il se prononce (cf Mitterand/Mittrand ?).

Bref, cette constatation rejoint mon hypothèse de particularités dialectales. Chaque communauté a des chances de développer son propre substrat culturel, et de diverger avec les autres.

Revenons-en à César : 

Notre bon linguiste, qui, forcément, a eu toute ma sympathie quand il dit qu'il en est lui aussi, m'a déchiré le coeur parce que son aveu entier donnait : "As an anthropologist and linguist, my assignment was to learn the dialects of the Grand Canyon tribes. What a fucking waste of time!" "En tant qu'anthropologue et linguiste, ma mission était d'apprendre les dialectes des tribus du Grand Canyon. Quelle putain de perte de temps !" (pour les deux lecteurs qui ne parlent pas anglais). 

Bon, déjà, ça répond à ma question : les tribus de la région parlent des dialectes. Déjà, on est bons sur ce point, qui m'aurait étonnée autrement.  Bon, ok, il est linguiste biclassé anthropologue, personne n'est parfait mais on est d'accord : un linguiste mis dans un monde post-apocalyptique, ça ne survit pas. Il faut au moins des bases d'anthropologie pour faire des feux de camp et vider des fourmis mutées géantes pour les manger, dans les terres dévastées. Je donne pas 10 minutes à un phonéticien pour tomber dans un trou et se péter la clavicule, perso.


En revanche, la linguistique de terrain, une "putain de perte de temps" ? 

 

Je l'ai buté. 

Moriture me saluta, si mes bases de latin ne me font pas défaut. Faut pas me chercher quand je grince encore du poumon comme une vieille porte. 

 

* #CaM'EnBoucheUnCoin, Walhalla, un mot féminin ?!

 ² Pour le non-jeune en toi, la DLC, c'est la nouvelle fantaisie des contenus téléchargeables payants après l'achat du jeu. Tu veux faire plus de choses ? Pimper ton personnage pire qu'une actrice de clip de rap US ?

Tu te dois de débourser des crédits ou de l'argent virtuel sonnant et trébuchant--et, contrairement au prix des jeux, 0 décote. Pour vous donner une idée, mon jeu, originalement à 60€ (prix de lancement normal) a 4 DLC à 9,99€/pièce.

Le jeu, neuf, m'a côuté 17€, moins cher que l'occasion, "parce que les côtes de jeux vidéos, ma bonne dame, a sont pas logiques hahah" dixit le vendeur. En attendant, mes 4 DLC, achetées hors soldes (trop rares !) m'ont coûté le prix du neuf, 3 ans après sa sortie. 

 

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Mis à part ma blague en latin, que j'ai mis 10 minutes à composer (et qui est à peu près incompréhensible, j'en conviens et peut-être incorrecte), aucun jeu de mot, aucune allusion à des "rendre à César", même pas un "tu quoque" si tentant ni rien ne furent commis. Les chats applaudissent. 

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samedi 6 octobre 2012

Maladie Linguiste : niveau +40°

Malade et linguiste, je reste comme toi, le commun des mortels qui fait de la civilisation ou de la littérature, dans mon grabat de souffrances. Seulement entourée de paquets de mouchoirs, de mes chats Transcription (qui a peur quand j'éternue) et de Minuscule (qui a peur quand je me mouche), je survis. Autant dire que l'ambiance est festive, que même la boîte de conserve se fait rare, et que je ne sens même plus les cocktails fantaisistes de médicaments que je fais tous fondre en même temps dans la tasse pour "gagner du temps".

Même dans cet état, je cherche des linguisteries à faire avec mes 3% de concentration et de Pouvoirs Mentaux. 

Le choix est vaste : je m'abrutis devant des produits dialectaux au confins de l'humanité acceptable : les Ch'tis à Mykonos diffusés sur une chaîne de la TNT, que je réserve d'habitude aux séances honteuses de ménage et de livebloggings douteux. C'est déjà la troisième saison où en gros, la chaîne envoie un car de jeunes qui vit dans LeMondDeLaNuit dans des destinations de rêve pour qu'ils racontent des horreurs et vivent des aventures improbables pour le plus grand plaisir des téléspectateurs. Et du linguiste de terrain télévisuel. 

Lui, c'est mon préféré, Christopher. 

christopher-mykonos

Il a une maîtrise pointue de l'accent du nord (je crois que c'est le meilleur représentant du dialecte nordiste de notre pool de champions), avec des phonèmes encore plus osés que s'il faisait exprès. Il dit, pour décrire une crève qu'il avait attrapée pendant la saison Les Ch'tis font du ski :  "j'o frö au corps a pis j'o cho ol'tête".

C'est lui qui m'a appris que pour imiter un bon accent du nord, il faut parler légèrement du nez. 

Voilà une vidéo un peu mauvaise, qui nous montre plusieurs bêtises et plusieurs choses tournées en dérision alors qu'elles ne sont pas "si pires". En gros, notre Jésus a un problème d'ordre des syllabes dans les mots, et remplace le son "s" doux (/s/) par des "ch" (/ʃ/). Bon, c'est sûr, je ne peux pas défendre toutes les boulettes de notre ami de TourcoingCoinCoin, mais quand même. Il m'attendrit. D'ailleurs, si Oxfam fait des adoptions d'anciens participants de téléréalité, prévenez-moi, je suis partante. 

Une autre parenthèse concernant mon héros : j'ai aussi trouvé cette vidéo où on voit sa danse de crevette, et surtout, un moment où il s'énerve parce que les gens sont méchants. Il est amusant de remarquer qu'on censure 'bite" mais que "feuque", ça ne choque personne. Je vous laisse aussi admirer, en discursivistes, la musique de fond triste et le passage en N&B avec ralentis pour bien nous dire "attention, va y avoir du grabuge pour notre ami, sens-toi triste pour lui petit spectateur". En revanche, je ne comprends pas son expression, "j'étais plein air". Planeur ? Pleine heure ? Mais kézaco ? 

Si tu veux étudier l'accent jeune niveau "tu-peux-pas-test", que personne de la vraie vie, à ma connaissance, ne parle avec autant d'aisance, vise plutôt, toujours dans la même émission, l'ami Vincent : 

ch-tis-a-mykonos-09132012-vincent1

(nos deux amis, Christopher et Vincent, nous font vivre des aventures laullesques avec des accessoires simples et des blagues bon enfant). 

Vincent, il parle une sorte de mélange de djeunz, d'anglais improbable et de téléréalité. Il utilise un paradigme que je surquiphe, "en mode ___" (et pour moi, l'expression "en mode___", c'est toujours un signe d'une conversation intéressante, je m'en étais déjà un peu gaussée dans ce billet).

Vincent dit "ça va être chaudgounedenaït" (shogun tonight ?), "pompeideupe" (pump it up ?), et "ah non, il m'a viré, je lui ai dit doubleufeuque" avec des gestes de bras un peu comme sur la photo, alors que forcément, toi, tu aurais dit des trucs normaux, limite ringards, style "On va s'amuser", voire "trop cool".

Evidemment, le substrat sur lequel il pose sa prose est presque entièrement téléréalitesque : c'est souvent "que du bonheur" avec lui, il est souvent "peace", et puis il est "love" de sa petite Hillary.

Bref, le sociolecte de ce jeune barman est une sorte de best-of de tout ce qu'il convient de parler si on veut  être branchouille, selon la téléréalité. C'est comme le Sikretstori mais en plus convivial. Le Sikretstori se parle à la maison, ou dans Confessions Intimes, le Vincent se cause en boîte à Goa quand tu rencontres une bande de Frenchies avec 9 grammes d'alcool dans chaque genou. 

Voilà le teaser putassier de la chaîne qui nous dit "han regardez, on envoie des cons en Grèce, et c'est la 3è saison qu'ils bittent pas qu'on se fout d'eux". Dedans, des morceaux de Vincent et de Christopher (à 0:56 on a un "shogun"), pour avoir un aperçu d'ensemble de la série qui, il faut l'avouer, est quand même prometteuse à TOUS les niveaux. 

 

 

Je me demande si cet espèce de mélange de franglais un peu gadouilleux n'est pas aussi le sociolecte djeunz parlé par Kev Adams dans Soda aussi (Soda, c'est l'acronyme d'"ados", mais ils sont foufoumalades, à la télé, qu'est-ce que c'est BIEN PENSE DIS DONC). Pour toi qui n'as pas W9, c'est en gros une série format très court qui montre les affres de la vie adolescente avec des petits poncifs comme on les aime (les problèmes de filles, de profs, de parents, les potes...).

Notre Kev Adams (qui a pris le soin de raccourcir son prénom pour faire jeune, d'ailleurs ? Ou moins Kevin ?) se distancie ou insiste sur ce qu'il dit en passant dans une sorte d'anglais appuyé (insupportable à mon oreille, mais est-ce l'otite ?) à la "mais tu vois, Mams, ce jeanzz pas repassé, c'était pour faire bad boy, tu vois, les mecs de la West coast ! Welcome to reality, franchement, je te remercie humblement de casser mon staïl comme ça". (la phrase est presque exacte, les anglicismes, oui, mais je vous avoue que je n'ai pas fait de capture audio non plus). On y entend aussi des phrases complètes mal prononcées comme " Dats mah men !" ou même le niveau inférieur de "Shogun the night", "chaud the night". 

Illustration inspirée* : 

Evolution

(Si vous êtes aussi friands de Pokemons dessinés approximativement sous MS Paint, voilà où j'ai trouvé l'artiste original.)

Pour la deuxième option de mon alternative malade, message à venir. Celui-ci s'adressera au linguiste malade mais pas trop, qui a regagné l'usage de presque tout, sauf sa capacité à travailler. 

 

* Je pense que les amateurs de MS Comic Sans apprécieront son utilisation. J'ai tout donné pour Pokemon. 

mercredi 26 septembre 2012

Le Marseillais et le cheveu

J'ai la chance d'avoir des amis qui viennent de Régions de France. Etant donné que je suis incorrigiblement Parisienne et parisianiste pour de rire, mais qui fait quand même fréquemment la confusion entre "La France" et "Paris" (j'ai honte, mais je me soigne), je ne peux qu'envier un peu, avec distance mais amour, les expressions locales et autres particularités de la langue parlée par mes amis. 

 

Parmi les gens que je connais, je suis fascinée par l'accent marseillais-mais-pas-trop tel que parlé par un de mes Informants, un jeune homme qui palatalise les /i/ ("j'te djis") de temps en temps (je n'ai pas non plus fait d'études de fréquence), mais qui parle relativement pointu (vivant à Paris, et, apparemment, n'ayant jamais eu plus l'accent que ça). 

Dans son entourage, les gens sont partagés entre "il a l'accent du sud" et "pas du tout, il parle parisien". Le pire, c'est que c'est déjà arrivé devant moi, avec deux camps distincts aux opinions bien tranchées. Evidemment, je me range du côté de l'accent-- les sons sont marseillais, mais les motifs intonatoires sont parisiens, si vous voulez. 

 

Dans le lexique utilisé, qui me rappelle ce vieux billet se trouve une petite perle que j'adore : l'introduction de certains syntagmes lexicaux par un article défini, alors qu'en français standard, on aurait tendance à utiliser un article indéfini. Traduction : il dit "le X", je dirais "un X". 

Mise en exemple, avec anecdote : 

"...et donc quand je passais le permis, les monitrices, c'était des cagoles, mais elles m'adoraient ! Une fois, y'en avait une, Laetitia, la plus cagole de toutes avec les lunettes de soleil, le pantalon en panthère et les cheveux blonds, elle rentrait dans la voiture, et on s'entendait tellement bien, je lui ai dit "Oh, Laetitia, qu'est-ce que tu as fait à tes cheveux ? " et là, elle me dit "J'ai fait le brushing"". 

Je passe sur "cagole", que j'adore et qui est tellement mieux que "bimbo" et autres équivalents, mais surtout, j'ai Aimé de Tout Mon Coeur la dernière phrase : "J'ai fait LE brushing".

Je vous laisse imaginer " leuh breuchingue", et la tête de cette dame. 

 

Bref, cette historiette est restée entre nous, et dès que nous parlons de choses capillaires, il convient toujours d'employer un article défini. 

 

Un soir, je reçois un SMS* qui contient uniquement cette photo :

LE gel

 

J'ai mis du temps à comprendre; mon Informant, c'est Carré Orange, son interlocuteur, en l'occurrence, son petit frère, Carré Vert, en pleine discussion sur Facebook. Evidemment, mon Informant a jugé bon de m'envoyer une capture d'écran faite sur téléphone, pour étayer ses propos sur Laetitia, la monitrice et le breuchingue. 

 

Que dire du ravissement dans lequel "je mets le gel maintenant et tout" m'a plongée, sachant que son frère a 13 ans, et que j'imagine tout à fait le petit Marseillais super fier de sa coiffure (merci Béatrice)

Et surtout, ce message contient une autre beauté : l'utilisation de "oh ?" par mon Informant, pour exprimer la surprise et la curiosité. Une sorte de bonus Kinder dans le message. Personnellement, je n'aurais pas dit "oh ?" dans ces conditions...et puis évidemment, à force de fréquenter (et d'apprécier) cette onomatopée plaisante, je m'y suis mise. 

 

* Le Jeune qui est en toi aura bien raison de me rectifier en disant "un MMS". 

 

Enfin, pour parachever l'oeuvre, je me réjouis que des particularités régionales orales passent par :

- une discussion, point de départ qui m'a permis de comprendre le tout,

- une discussion sur Facebook qui contient des occurrences naturelles de ces phénomènes,

- un envoi d'un MMS d'exemple,

- la rédaction d'un message de blog, vraissemblablement partagé par moi sur d'autres réseaux sociaux, peut-être même lu par des gens qui découvriront ces régionalismes (?).

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dimanche 27 mai 2012

Festival du Mot (30/5 -> 3/6)

Cher lecteur, tu es un coquinou, tu es un étudiant dilettante, tu ne sais pas quoi faire de ta vie dans les quelques jours qui viennent ? Tu es proche de la Charité sur Loire ? Là, tu vois,  j'ai envie de te dire "va au Festival du Mot". 

 festival-du-mot-2012_699021

 

France Inter a fait une émission rigolote dimanche 27 mai (celle de 13h30 à 14h, mais je n'arrive malheureusement pas à trouver un lien qui vous permettrait de ne réécouter que la seconde partie, avec les linguistes) avec Alain Rey, l'homme qui murmure à l'oreille des mots, et un autre linguiste forcément très sympathique et hyper bien habillé. 

Cette émission, je vous la conseille surtout pour son début et le reportage très amusant sur "les mots creux et les mots pleins". Un micro-trottoir, et des innocents même pas métalexicologues², c'est vous dire le degré de dangerosité de l'affaire. Les questions étaient simples : 

- qu'est-ce qu'un mot creux ? Comment le remplir ? 

- qu'est-ce qu'un mot plein ? Comment le vider ? 

Et quelques variantes "quels sont les mots que vous plaignez ?"

Ce que j'ai préféré, c'est le fait que les gens confondent "mot creux" et "mot qui signifie un truc creux", en très gros. Du coup, "bateau", "tuyau" ce sont des mots creux et "ballon", c'est un mot plein. Bon. ("comment vider le ballon ? AVEC UN ASPIRATEUR", a répondu le monsieur, visiblement très inspiré par la question)

Dans une conversation normale, on a le droit (et presque le devoir) d'utiliser des mots de liaison un peu miteux, pour se donner les quatre secondes nécessaires pour se trouver une suite. Mais pas que...

Exemple 1 :

Production orale : "Marc, c'est un mec, tu vois, bon, il est sympa mais genre un peu collant quoi". 

Dans la tête ça donne : "Marc, ce gros stalker qui me fait peur et qui sent des doigts mais c'est socialement inadapté de dire ça comme ça". 

On pourrait tout à fait imaginer la phrase débarrassée de ses chichis linguistiques, qui irait droit au but social qu'on s'est fixé : "Marc est sympa mais (un peu) collant". 

Cette phrase contient aussi des marqueurs un peu accessoires comme "bon" ou "quoi" sur lesquels on peut appuyer les intonations descendantes, pour pouvoir se garder un tremplinou ascendant sur les deux éléments importants.

"Bon" est juste après "tu vois ?", qui veut dire "je ne t'ai encore rien dit dans cette phrase mais je vérifie que t'écoutes toujours parce que mon teaser est absolument palpitant", et le "quoi" permet une insistance sur le "collant" (pour signifier "je te dis collant mais je pense gros stalker qui sent des doigts"). 

Ces mots en plus ont donc une utilité dans le discours oral, mais en eux-même, ils ne portent quasiment rien, sémantiquement parlant. J'imagine que les gens qui n'utilisent jamais de marqueurs comme ceux-ci sont quasiment autistiques, puisqu'il est toujours important d'optimiser son discours et de vérifier que l'autre suit encore (regardez, vos conversations au téléphone. Ca arrive souvent le "tu m'entends toujours ?" quand on raconte une histoire un peu longue, parce qu'on a pas de retour visuel de l'attention de l'autre, et s'il ne fait que des "hmm", on peut penser qu'il n'est plus au bout du fil ou qu'il ne nous écoute plus, et c'est quand même bien naze quand on raconte une histoire pas-sion-nante). 

En revanche, si on abuse du "quoi" ou de son ami le "voilà quoi", on risque la faute de goût linguistique. 

Bref. 

 

Les mots creux, ce sont les mots tellement galvaudés par l'usage qu'ils ont perdu leur sens. Un peu comme les autres, là, ceux dont je viens de vous parler, mais en plus pervers : on pense *encore*, bêtement, qu'ils veulent dire quelque chose alors que NIET ZERO. Par exemple, j'aime assez les discours politiques avec des choses comme "croissance forte" (vers quoi, où, comment, dans quelle proportion ?).

J'ai été voir un peu les messages de mes amis Facebook, et j'ai vu quelques mots intéressants comme "pression" ("on a la pression", "untel est victime de pressions"), "tirer une leçon", et une cohorte d'adjectifs comme "fatiguant", "chiant", ou "classe" et "excellent". 

Tout ça pour dire, le Festival du Mot, ça peut être sympa, on va élire le mot de l'année, et découvrir comment écrire "Twitter" à la française. Encore de bien belles batailles de linguistes en perspective. 

 

 

Au fait, ce message est absolument truffé de mots creux. Je sais, j'aime bien, je suis joueuse. 

 

 ² JE SAIS, petit lecteur, que tu n'es pas non plus forcément métalexicologue parce que tu es peut-être, comme j'ai dit dans l'introduction, un étudiant dilettante, peut-être même un étudiant en sciences dures. Un métalexicologue, c'est une personne qui étudie ce qu'il y a dans le dictionnaire, qui est écrit par un lexicographe.

C'est simple, on peut être pédant avec 3 affixes grecs, méta-, logos et lexicon. Je vous conseille l'utilisation de "méta-" quand vous voulez faire intello décalé, je vois beaucoup passer des "c'est une discussion métapolitique", "c'est presque de la métascience" dans les pinces-fesses où je dois faire bonne figure. C'est souvent le moment où je prends un métaverre d'alcool en plus et où je souris en faisant la lexiconiaise. 

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jeudi 10 mai 2012

Publicité pétrifiante

Voilà quelques petites nouvelles réjouissantes, parce que ça faisait longtemps. Et parce que je suis en vacances, aussi.  

Depuis quelques temps, quand je regarde la télévision, je suis Etonnée quand j'écoute la musique de certaines pubs. Yup, j'écoute la musique de certaines pubs, je suis comme ça, moi.

 

Il faut dire que depuis mon Traumatisme Post-Adolescence.......

Interlude musical : figurez-vous un retour dans les années 90

90giga

 

Imaginez les pin's parlants, "Les Visiteurs" vient de sortir, du coup dans la cour de récré, tout ce qu'on entend c'est "Eukéééé" et "mais qu'est-ce que c'est que ce bin's ?!". La pression de pairs pour faire comme les autres avait frappé, je me sentais naze à écouter ce qui n'était pas être sur la liste pour Devenir Populaire. Pour vous donner une idée, à l'époque, c'était cool d'écouter Ace of Base.  

Aux prémices du moment où j'allais passer d'enfant enfermée dans les livres à adolescente enfermée dans les livres, j'avais fait une razzia dans mon Monapris local² et j'avais acheté, entre autres, un deux-titres des Outhere Brothers, intitulé Boom Boom Boom. Dans ma naïve grace innocente, j'étais, bien que déjà versée en anglais, absolument imperméable aux paroles de l'oeuvre. Quelques dix années plus tard, en réecoutant la chanson, force fut de constater que j'avais chanté en yaourt sur une chanson traitant, entre autres, de maîtrise d'orgasmes ("I won't cum until it's time"), de levrette, voire de sodomie ("let me take you from behind") et de cunnilingus ("put your nani on my tongue and your booty on my face"--et je pense même que la notion complète de "boom" et de "lemme hear you say weyoh" est un peu dans le même registre). Pour le coup, c'est peut-être pas plus mal qu'enfant, je n'aie pas accès à la compréhension d'argot sexuel américain, mais c'était dérangeant après. 

 

Inquiétant également,  une autre chanson (Informer, par Snow) que j'aimais assez parlait, elle, d'arrestations et de séjours en prison--et avait été écrite justement après une expérience d'un an sur le terrain. C'était un parolier investi dans ses chansons à ce point-là. 

C'était une oeuvre en anglais jamaïcain, chantée par un Canadien (je suis troublée également en faisant les recherches pour cet article), mais je n'oublierai jamais la version uniquement en voyelles que j'avais inventée pour finalement, me rendre compte que j'avais aimé ça. Cruelles déceptions de jeunesse. 

 

Bref, j'ai ri un peu jaune en voyant la pub sur le couple de Danois un peu mignons qui headbanguait sur "Fuck You In the Ass" devant leurs enfants amusés (devinez qui s'est enhardi à sortir une chanson comme ça ? Toujours mes immortels Outhere Brothers; à cause d'eux, je dois confesser que je ne sais plus écrire outhere, et que je vérifie toujours 8 fois); et depuis, j'écoute toujours attentivement l'anglais autour de moi. Surtout les chansons. 

 Fin de l'interlude

 

C'est la raison pour laquelle, quand je suis tombée sur la pub Quindeure Maqu'si (qu'on peut trouver ici), j'ai été interloquée. Eh bah oui. Ecoutez bien la chanson. "If we sleep together/Would it make it any better...". OK; donc Quindeure a choisi une chanson parlant de gens ayant des relations sexuelles pour illustrer une nana sur un nuage magique créé par le sugar rush provoqué par 180 calories de chocolat suant le gras dans sa bouche. Même si elle est dans un train, qu'on imagine être un TER pourri roulant à 12 à l'heure, certainement pendant des vacances scolaires puisqu'il est surbondé, elle quiphe la vaïbz avec son chocolat fourré. 

Mais ça ne s'arrête pas là. Notre héroïne, elle est assise en face d'un odieux enfant qui lui fait un sourire coquin dès le début du voyage. Cet enfant l'a fixée pendant toute la scène du nuage, ses petits yeux chafouins et voyeurs bien braqués sur son sourire béat et sur son chocolat coupé en deux hyper droit comme on ne fait pas dans la vraie vie. A la fin, comme elle vient d'avoir son orgasme gustatif,  elle lui donne une barre entière de Quindeure. Non, elle ne regarde même pas le beau gosse assis à côté d'elle qu'on aperçoit d'ailleurs à peine. A la place, elle reste fixée sur l'enfant. 

 

Eh bien, cher(s) lecteur(s) , figurez-vous que la chanson utilisée comme support de cette scène de dépravation est elle-même encore plus dépravée que ce qu'on entend dans les 31 secondes de cette publicité qui nous emmènera tout droit dans les abysses de l'enfer. 

Il s'agit de "La Familia" de Mirah. La familia ? Alors qu'on parle de "si on couche ensemble est-ce que ça arrangerait les choses ?" dans les paroles ?!

Eh bien oui, mille fois oui. Je prends une infusion à la camomille d'outrage en rédigeant ces lignes tremblotantes. Oui, il s'agit d'une chanson cracra. Extraits incriminants : 

"You know i like it being in your family" (je voudrais faire une traduction minable à la "tu sais que j'aime bien ça étant donné que je suis dans ta famille", mais vous aurez tous compris "j'aime bien ça, être dans ta famille (mais siii, la forme en -ing sert aussi à exprimer de grands concepts). 

"None of us forget about who we are/It's not forever we can fool around in the dark", qu'on pourrait proposer en "Aucun d'entre nous n'oublie qui il est/ C'est pas toujours qu'on peut faire des cochonneries dans le noir" si on a 4 ans; évidemment le contexte nous donne un "toi et moi, nous savons qui nous sommes (je fais de la vile transcription, mais on est d'accord, c'est le même concept, pourquoi ne pas inverser le verbe pour faire de la jolie traduction ?)/ On ne pourra pas toujours batifoler* dans le noir". 

Et évidemment "If we sleep together/Would it make it any better?/If we sleep together/Would you be my friend forever?" qu'on a déjà traduit précedemment. "Si on couche ensemble, est-ce que tu serais mon ami pour la vie ?" Le "forever" est répété, et répété ad nauseam au moment où l'enfant voyeur accepte le cadeau de la souillon dégoûlinante de stupre et de chocolat. 

 

Je détesterais  arriver à des conclusions exagérées, mais tout de même. Ces éléments troublants de publicité, cette tension entre le désir de cet enfant d'avoir un Quindeure (et d'accéder, lui aussi, au nirvana lacté du nuage), la béatitude obscène de cette voyageuse du dimanche qui n'a qu'un petit sac à main bourré de chocolat (les autres la bousculent parce qu'ils mettent des bagages en hauteur, mais elle, elle serre son baise-en-ville fébrilement avant d'arriver place 43 côté fenêtre), et la chanson qui traite de thèmes incestoscabreux, le tout recouvert d'une couche de bons sentiments, parce qu'après tout, on vend du chocolat pour enfants. 

Alors je me demande. Est-ce que la friandise marron à l'extérieur, blanche à l'intérieur est le symbole de la dépravation cachée de cette réclame ? Est-ce que les publicitaires ont vraiment écouté la chanson, ou se sont-ils seulement dit "oh, après tout, hein, bon, y vont pas comprendre, ça sonne joli quand même" ? 

 

Est-ce que c'est mon déficit de magnésium qui me fait voir des horreurs linguistiques dans le chocolat ? 

 Yaourt-au-Kinder-Maxi

Bref, je dois vous laisser, je sens que je vais finir par céder et tenter cette recette démoniaque, dont vient cette charmante photographie. Ou me calmer les nerfs en buvant une autre camomille. 

 

² Qui avait un rayon disques à l'époque, incroyable, c'est ça d'être née dans les années 1760, les enfants ! 

* J'ai l'âme d'une vieille femme de 800 ans, je vous l'avais dit. De mon temps mental, on "fréquente" quelqu'un et peut-être qu'un jour, après le mariage, on "batifole". Et les moins chanceuses de mes amies ont des "descentes d'organes" à 22 ans. 

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dimanche 18 décembre 2011

Le Manuscrit de Voynich : documentaire

Le Manuscrit de Voynich, duquel je ne crois pas avoir déjà parlé, est une sorte de manuscrit mystère pour les linguistes qui aiment bien la cryptographie et, du coup, déchiffrer de vieilles choses poussiéreuses qui contiennent peut-être du flan, ou des mystères humains de l'Humanité, comme "est-ce que c'est possible de reprendre les cours le 3 janvier après avoir consommé pas moins de 8 kg de nourriture trop salée, trop sucrée et trop grasse, et 18 litres de chouchen en moins de 12 jours ?"

 

Comme j'ai déjà lu des milliards de trucs plus ou moins ésotériques pour expliquer la chose (de l'écriture automatique ? Une farce ? Un truc très sérieux ? Des ANGES MUTANTS QUI T'ECRIVENT ?), qui n'a toujours pas été déchiffrée malgré les efforts de mes camarades, j'ai décidé de vous faire un article rigolo à la place. 

"Là, tu diras à ta belle-soeur Josiane que son pull violet est vraiment très beau, et qu'elle a bien fait d'investir dans cette fontaine de chocolat électrique. La prochaine fois, pense à lui prendre des chamallows en rab'. Attention, vers 2h du matin, si jamais elle te propose d'aller visiter le jacuzzi du fond du jardin avec l'eau verte dedans, tu pourrais avoir des surprises". 


Bref, on ne sait pas très bien ce que c'est, mais en gros, Arte a décidé de nous faire un Thema linguistiquement satisfaisant, et nous montre un documentaire *à l'heure où je vous écris* avec des gros plans sur des gens qui recopient le Voynich, et des bizarres zooms et angles de caméra que si t'as trop mangé avant, il faut peut-être détourner les yeux pour ne pas se laisser aller au malaise vagal. 

 

Sérieusement, ça a l'air d'être un bon documentaire. 

[Mise à jour post-visionnage d'une oreille presque attentive : le documentaire est un peu prétentieux, quand même. Et en plus, il y a pas mal de trucs un peu nazes sur la crypto. En gros, si vous avez déjà vu des codes (et pas des compliqués, juste comme le code de César, qui consiste à décaler les lettres de l'alphabet ("je commence par E, qui a la valeur de A, puis F qui a la valeur de B"), bon, on apprend pas grand-chose non plus. Il me semble, mais ce sont de vieilles lectures, que les manuscrits d'alchimistes et autres confréries ésotériques aussi ont des symboles ésotériques pour remplacer non seulement les noms des matières et des planètes, mais aussi des mots fréquents... Bref, si on a le niveau petit Castor Junior, c'est sympa, mais sinon, bon, vous pouvez le regarder pour vous la péter un peu, mais je ne suis pas très fan de la reconstitution prout-prout et des experts pédants]

 

Pour le revoir pendant les 7 prochains jours, vous pouvez vous rendre sur le site d'Arte. Si vous êtes très motivé/e/s par la linguistique, vous pouvez aussi essayer de lire le manuscrit . Sinon, vous pouvez tenter un Jeu d'Hiver : taper "Voynich" et n'importe quel mot-clef un tant soit peu ésotérique. Normalement, vous aurez des surprises. Là, j'ai trouvé un type qui parle d'une émission sérieuse avec Carole Rousseau et Jacques Legros ET du manuscrit, trop magique.  

mercredi 30 novembre 2011

Bécassine, c'est ma cousine.

L'autre jour, on me demanda "mais dis donc, tu sais d'où il vient, le mot "sniper" ?"

 

Sniper... J'ai pensé à "snip" (non, pas le SNIP, ou Syndicat National des Industries du Plâtre, ou celui de Pharmaceutique), mais à "couper". Simple, les mots en sk, sc, ou, et parfois en sn ça sonne comme d'idée indo-européenne de coupure. Scythe, la faux, skirt, la jupe (donc pas une tunique complète), et puis évidemment scissors --ciseaux en français, comme il se doit. 

 

Mais je me suis dit "entre couper un truc et tirer dedans comme un tireur d'élite, quelle est le rapport ? ? 

 sniper

Lucky-Hare-Katana-Pink-Shears

Là moi, j'en vois aucun. Mais... 

Smith Sniper

Robert ? Tu fais sniper goth en camouflage de cheveux ? ? Mais... Mais pourquoi ? Tu étais si beau avant de faire le même maquillage que la femme du boucher, celle qui s'occupe de la caisse, et je me rends compte que même quand tu étais beau comme un angelot british, tu faisais sniper capillaire ?? Un mythe s'effondre. ²

Du coup, vérification étymologique plus tard, le mot sniper vient de l'anglais britannique, et plus précisément de l'Inde. A l'époque où se gobergeaient des fonctionnaires au service de sa Majesté, comme ils n'avaient pas encore TF1, ils s'adonnaient à la chasse, les coquinous. Et les meilleurs chasseurs, savez-vous ce qu'ils faisaient ? Comme ils étaient excellents, ils étaient capables de tirer la "snipe". La snipe, c'est la myrisnipa, ou  "moor snipe" du vieux norrois--comme vous voyez, l'anglais et le norrois sont quand même un peu parents. 

 

Et la snipe, en français, à ce moment ? 

 

Eh bah c'est la bécasse. 

Le sniper, c'est une personne capable de tirer la bécasse comme personne. Si nous n'avions pas une traduction comme "tireur d'élite" en français, je n'ose pas imaginer la traduction "bécasseur". 

Sniper.... Sniper, comme le groupe de rap, là ? 

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A présent, forte de mon expérience, j'ai envie d'écrire au fan club (ou à l'équivalent moderne du fan club, je sais pas, sur Twotter ou Faceboot) de Sniper une lettre qui dirait en substance : 

"Chers membres de Sniper, 

Tout d'abord, j'aime beaucoup ce que vous faites, surtout la chanson, là, où vous chantez dessus et où y'a du rap. [Ouais, j'ai repéré que c'était du rap grâce à mon image] Je voudrais pas faire ma rabat-joie, mais même si je suis certaine que votre groupe défend des valeurs viriles de types qui restent tout le temps ensemble, ont un groupe de rap avec un nom qui claque et tout (je sais bien que le monsieur en blanc aurait bien voulu que vous vous appelliez "Poetic Lovers", mais c'était déjà pris et [Attention, va falloir rayer les mentions qui ne s'appliquent pas, et écouter des chansons d'eux, ou me conseiller quant à ce qu'à mettre]  qui trouvent que les femmes c'est comme un chien mais en moins poilu/qu'il faut que les jeunes se bougent et travaillent et s'instruisent/que les méchants sont méchants/quisonpadépédé.

Cependant, vos valeurs que je suppose viriles et intellectuellement gratifiantes seraient peut-être mieux défendues par un nom de groupe en français, vu qu'on a une version tout à fait valable de l'idée que vous voulez, et surtout, qui ne veut pas dire "des mecs qui arrivent super bien à tirer de la bécasse" (à moins que, comme les Poetic Lovers--décidément, votre ami en blanc avait raison--vos chansons défendent des valeurs d'amour et de stupre avec des femmes faciles mais romantiques sur leur Skyblog).

Je vous propose donc d'opter pour la version française "Tireur d'Elite" (avec la graphie que vous voulez), ou des choses plus éloignées mais tout aussi viriles comme "Droit au but", "Grenadier" et "Militaire d'Excellence". Bien sûr, des appellations telles GIGN et SWAT, si vous voulez garder ce beau côté militaire certainement défendu dans vos paroles, vous sont toujours ouvertes. Peut-être que Navy SEALs ne sera pas pris (mais faites attention à Seal, c'est déjà occupé).

En vous remerciant, je promets d'acheter votre prochain album et d'écouter toutes vos chansons d'un coup sans respirer si vous changez le nom du groupe.

Gros bisous poutous love,

 

SuperLinguiste ♥ ".

 

Je pense qu'il y a de fortes chances pour que mon initiative soit couronnée de succès*

 

 

 

² Pour les lecteurs de moins de 40 ans (dont je fais partie, mais j'ai l'âme d'une personne âgée), Robert n'est autre que Robert Smith, chanteur emblématique de The Cure et canon de classe II jusqu'au moment où (à peu près dans les 6 mois suivant la création de The Cure), il prit environ 400 kg et se laissa pousser les pendouilles, tout en se maquillant de façon étrangement sexy mais peu conventionnelle. Robert ressemble actuellement à ça : 

 

Robertsmith

Oui, il est à à la croisée des chemins entre une boule de poussière qu'on trouve sous son lit après une grève d'aspirateur de 4 mois, le Joker de Batman (il faut le voir dans une lumière verte, c'est frappant), un monstre de paquet de céréales américain, et l'homme absurdement sensouwell qu'il fut. 

*  En l'occurrence, la définition de succès est "ne pas se faire enfoncer les dents et casser les tibias". 

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lundi 21 novembre 2011

Pataquès présidentiel

Notre über président préféré commet de la boulette. 

De la boulette de prononciation (entre autres mais je fais de la linguistique, pas de politique). 

Automne 2011 139

Là, je devais glisser une photo de Sarkozy, mais j'ai préféré une photo de Minuscule qui dort dans un carton comme un vieux livre abandonné au Kazakhstan.


Là, le 28 septembre, il a appelé Roland Barthes (donc ni un illustre inconnu (allez y, cliquez sur le lien Wiki), puisqu'un sémiologue, quand même) Roland "Barthès", ou "Bartesse", voire "Bartaisse" , si vous voulez. C'est le souci de la lecture de fiches. Alors je n'irai pas aussi loin dans la malice que ce monsieur, qui résume le tout avec beaucoup plus de brio que moi, mais je tiens à illustrer quelques points de linguistique : 

Déjà, dans les mots de la langue française, un peu moins de 400 ont un  <s> final qui se prononce. Par exemple, ours. Je vous laisse le plaisir immonde d'imaginer comment expliquer ça à des étudiants non-francophones, il y a des larmes, et des pleurs. Extra-big-bonus pour ceux qui réussissent à expliquer que "plus" veut dire "la cessation d'une action" et +. "J'en veux plus, alors ça veut dire quoi ?", normalement, ça les envoie sous le bureau, en train de se tortiller de douleur, la bave aux yeux, une crampe au ventre. 

La règle des s ne s'applique pas aux noms de famille, ou aux noms propres, car chacun sa guerre, chacun son origine et ses règles phonétiques². 

Du coup, on a un cas étrange de "si ça se trouve, ça se prononce, après l'autre et son Zadig et Voltaire, je peux bien forcer la consonne finale personne va rien voir". Une liaison mal-t-à-propos, ou exécutée soit avec la mauvaise consonne, dans des conditions où elle n'est pas nécessaire, s'appelle un pataquès. 

Je vous enjoins donc à aller voir ce que ce monsieur fait, il s'appelle le Garde-Mots, il a une tête de garde forestier vosgien, il a l'air un poil réac de la lexicographie, mais il est gentil quand même; et lui aussi, les pataquès, c'est son dada (entre autres). 

² Imaginez, Maître Vergès, il a un accent, donc on sait bien comment prononcer. Mais Verges, on a tout intérêt à le prononcer pareil qu'avec accent--ce n'est pas un exemple tiré de ma tête perverse et phonologue, mais un exemple de la Vraie Vie, d'une camarade de cours et d'un prof de sport trau draule qui lui a fait la blague tous les cours. Tous les ans. Ha-hah.

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mardi 15 novembre 2011

Reprises de (haute) volée

Encore une fois, je reviens avec mon hobby honteux : la traduction minable. Pour une fois, ce n'est pas moi qui m'y colle, mais j'ai décidé de faire participer des artistes de talent...

Il y a quelques années, au moins, je vous parlais de conlangs, ou langues construites ici. Maintenant que le temps est passé et que les gens ont oublié mon message, ils m'envoient des liens comprendre : je hante les sites communautaires, où les gens envoient des vidéos cocasses); et je suis tombée des nues et de mon siège en lisant "Eminem" et "klingon" dans la même phrase. 

Voilà le lien associé à la phrase : 

 

Evidemment, ça m'a fait penser à la plus magique reprise de monsieur E-Pak-Sa de YMCA de nos Gens du Village, en coréen, la danse en plus :

http://www.youtube.com/watch?v=qoMBzb8ogz4

Et puis en reprise de chansons dans un style... alternatif, toujours dans une langue étrangère, nous avons "Highway to Hell", en hongrois. Je pense que Courant Alternatif/Courant Dérivé aurait des choses à dire concernant cette beauté : 

http://www.youtube.com/embed/Z3YQ24i1wP0

Mais certainement, ma reprise préférée de tous les temps de la vie, c'est une reprise en français d'une chanson en anglais. Bon, c'est une adaptation, et il me semble qu'il y ait une sombre magouille genre "c'est moi qui ai eu la mélodie d'abord, mais cette vilaine Américaine a tout chanté et tout avant moi", mais pour nous, et notre inconscient collectif, c'est Gloire Homosexuelni (je sais, c'est tiré par les cheveux) qui nous a initié à cette chanson. Pour une fois, je ne vous gâche pas le plaisir en n'intégrant pas la vidéo à mon message. Il va falloir cliquer ici, monter le son, et surtout écouter les premières paroles, magiques, et profiter pendant 7 minutes du plaisir inouï mais pas inaudible de cette merveille. Vous m'en direz des nouvelles. 

 

[MàJ après plusieurs semaines : impossible d'intégrer certaines vidéos, malgré mes efforts, et le changement de source. Je penche pour un problème mystérieux qui serait dans mon ordinateur, un peu comme quand Minuscule essaye de rentrer dans le frigidaire, ça dépasse. Pardon pour la présentation]

Posté par Succubae à 20:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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