Mes Langues aux chats

Un recueil de chroniquettes pour découvrir et apprivoiser la farouche Linguistique, et proposer une réflexion sur les langues (mais en rigolo)

vendredi 22 février 2008

Joker !

Aujourd'hui, je vais vous entretenir (de façon courte, concise, précise, sans aucune blague ni aucun tagada tsoin-tsoin) d'un concept qui me plaît énormément et qui concerne l'analyse littéraire.

Oui, je sais, c'est un peu à la marge de la linguistique. La linguistique, c'est une science noble, même si à l'agrégation, personne ne passe l'option linguistique dans les langues étrangères. M'en fouiche. Un jour, la linguistique s'étalera au frontispice de l'Académie Française, genre "journée des Linguistes". Et là, il y aura 8 personnes, mais 8 personnes heureuses.

Ah, je m'égare encore et encore.

Donc aujourd'hui, mon mot rigolo, c'est le mot/concept d' "indécidabilité". Eh oui. Catherine Bernard parle d'"indécidabilité du texte" (et elle est pas la seule); c'est (je résume et paraphrase l'excellent glossaire de Introduction to Literature, Criticism and Theory sur la question): le phénomène, l'expérience de se trouver incapable de trancher entre deux interprétations ou lectures. Indécidabilité est un terme positif, contrairement à son frère "indétermination" qui apporte des connotations négatives. Avec "indécidabilité", il y a la notion de défi: le texte nous pousse et nous fait osciller entre deux lectures différentes.

Pour l'étudiant un peu paumé, qui sait pas trop si l'auteur a voulu se vautrer dans une sorte de vacuité intellectuelle et a mis des mots les uns après les autres pour faire bien (un peu comme moi, vous me direz, mais je suis comme ça), ou alors, si derrière, il se cache un réseau de connotations entre "Passe-moi le sel" de la page 12, où Hubert s'interroge encore quant à Mireille, qui pourrait le tromper, et celui de la  p.483, où là il demande à Roger, son frère, de lui passer le sel pour en mettre dans les yeux de Mireille, qui le trompe effectivement (mais en fait, elle le trompe avec Roger, ce qu'on apprend que 60 pages plus tard, d'où dilemne... Roger passe le sel, mais parce qu'il se sent coupable du péché d'adultère, ou alors parce qu'il est sous l'influence surpuissante de Hubert ?).

L'indécidabilité du texte est pour vous, pour nous, pour balancer un petit "Joker !" et s'en tirer sans trop de pertes. Parce que si le correcteur pense que Roger n'est qu'un pion pourri, et que vous dites qu'en fait, il a une conscience judéo-chrétienne, c'est moins bien que d'exposer les deux lectures, et de dire que nous sommes en face d'une "indécidabilité". C'est simple, gentil, d'autant plus que souvent, on peut plus trop trop demander à l'auteur ce qu'il pensait de Roger (qui meurt dans un accident de voiture juste après le sel dans les yeux, il rentrait chez lui après avoir bu avec Hubert... Mais peut-être qu'Hubert l'a drogué ? Qui sait ?) vu que souvent, l'auteur est soit mort, soit pas à portée de main. Surtout quand on a un examen, ce qui pourrait être pratique. Moi, je voudrais Shakespeare en surveillant de salle, je vous avoue, mais je suis bizarre. Et si je pense à William Labov ou a Chomsky, je rigole encore plus bizarrement.

Bref, l'indécidabilité, c'est bon, mangez-en. 

Posté par Succubae à 10:26 - Mots rigolos - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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