samedi 31 mai 2008
Jeux de rôles (où il s'agit de sémantique et de syntaxe, et où on va pas rigoler sévère)
Dans ma grande réforme sérieuse de ce journal sur internet, où je voudrais quand même faire passer de vraies idées linguistes sans pour autant ne faire que de la traduction que certains qualifieraient de "caca" (Hugo, 4 ans), je vais me fendre d'un article vraiment sérieux, avec des mots de la vraie syntaxe, mais en gentil, quand même. Je pars du postulat que c'est quand même pas marrant de rentrer comme ça hop, sans préparation, dans la linguistique, alors voilà.
Pour cette séance de bungee-rope athlétique, où les muscles du cerveau sont sollicités, je vais faire appel aux rôles sémantiques des éléments dans une phrase: c'est-à-dire le lien entre rôle sémantique et rôle syntaxique dans la phrase.
Tout le monde suit ? Vous n'êtes pas morts ? Eh bah tant mieux. Pour les latinistes, ceci devrait être niveau: piece of cake, quand même.
On a donc une différence entre l'action dans le monde, qui le change, et la façon de la décrire avec notre outil, la langue. Eh oui. On ne peut pas faire de linguistique des animaux, malheureusement, parce qu'ils ne disposent pas d'un méta-langage pour décrire ce qu'ils racontent (ou plutôt, parce que si ça se trouve, on ne connaît pas leur méta-langage, mais qu'on fait semblant d'être plus intelligents qu'eux, alors hop, on les range dans une sous-catégorie.)
Bref. Ceci était l'introduction gentille. Nos deux participants et demie de la journée ont été volés à un feuilleton américain. Les catégories syntaxiques ont été inspirées par de nombreuses personnes (y'a en fait peu de linguistes qui sont d'accord les uns avec les autres) mais notamment, par J-C Khalifa, qui, outre ses articles avec toujours une pointe d'humour, écrit aussi des livres avec des pointes d'humour. Enfin, La Syntaxe de l'Anglais, c'est pas super marrant comme ça, et il n'a pas inséré des blagues de Carlos pour faire passer la pilule, mais c'est quand même un peu distrayant, des pointinounettes de blagues de temps en temps.
John-athan-Kévin a bousculé Samantha.
John-athan-Kévin est celui qui change le monde, qui est l'auteur animé et humain (en gros) du procès du verbe et en plus il le fait consciemment (dans mon cas, vu que ça m'arrange). John-athan-Kévin est donc l'agent de l'action.
Quant à Samantha, elle est le participant non volontaire de l'action, vu qu'elle a fait tomber son sac et que son brushing est foutu. Elle subit, et est donc, à ce titre, le patient de l'action.
Tallulah-Belle a vu un sac trop cool en solde.
Tallulah-Belle vit l'expérience, elle est affectée psychologiquement (son porte-monnaie aussi, dans un futur proche). Elle est donc (la traduction est minable, mais c'est pas la mienne) l'expérienceur ou expérient, (les deux sont attestés, vu qu'ils sont la traduction de l'anglais experiencer)... Quant au sac, vu que c'est l'ami de Tallulah-Belle et qu'elle le trouve trop beau et que c'est lui qui l'a changée, il est appelé source du procès.
Le serial killer a découpé le foie de Cindy avec un couteau aiguisé (avant de le déguster avec du Chianti).
Nous ne nous intéresserons qu'au couteau aiguisé, qui, dans son syntagme prépositionnel, est l'instrument de l'action. Ah, c'est bien, hein ? Vous vous y attendiez pas hein ? C'est en fait le participant non-animé qui aide l'action, d'où le nom d'instrument.
Gary-Stuart a donné un yacht à Gabrielle.
Gabrielle, cette chanceuse, est non seulement l'objet indirect syntaxique de la phrase, mais en plus, elle est la bénéficiaire de l'action, elle bénéficie de l'évènement. C'est normalement un participant animé, mais on ne sait jamais, avec cette farceuse de Gabrielle !
Harry vit en Californie.
Dans ce dernier exemple moins rigolo, si Harry est le thème de la phrase (ce dont on parle, et non l'agent, vu qu'il agit pas beaucoup), la Californie est un locatif.
Maintenant, c'est pas marrant; on a un problème: ce qui est sujet de la phrase, que ce soit Gary-Stuart ou Tallulah-Belle, c'est pas forcément l'agent sémantique (bien qu'il y ait souvent des interactions). Ce qui est précédé d'une préposition, c'est pas uniquement l'objet indirect (c'est le test pour voir si ç'en est bien un) syntaxique, mais aussi soit le bénéficiaire, l'instrument, voire le locatif. Vous imaginez le bazar.
Et encore, je ne parle pas de l'attribut du sujet. Rôle sémantique ou pas ? C'est le caca pour trancher. Bref, la leçon à retirer de tout ça, c'est que certes, on a une décomposition normale en sujet+verbe+objet, mais qu'en plus faut prendre la sémantique en compte parce que sinon, c'est pas assez.
Alors, comme ça, vous trouviez les leçons de grammaire trop dures quand vous étiez à l'école primaire et qu'il fallait souligner le verbe en rouge, l'objet direct en vert et l'indirect en noir ? Eh bah venez tâter de la vraie grammaire. Parce que la grammaire, c'est gentil, quand même. On a des voix, des aspects, des choses finies et d'autres non-finies, des verbes téliques et d'autres bitransitifs, c'est chouette.
Un jeu pour les latinistes, pour finir ce petit article: essayez de trouver et de catégoriser les cas de chacun de ces rôles sémantiques. Et utilisez le Latin Hardcore, celui avec les 9 cas, comme l'indo-européen. (en fait je délègue mon travail: je n'ai pas fait assez de latin pour en connaître plus que des petits cas comme le nominatif, l'accusatif, le datif, le génitif, le locatif et l'instrumental, mais y'a pas de vocatif dans mes rôles sémantiques, et j'ai oublié ce qu'était l'ablatif, mea maxima culpa.)
jeudi 15 mai 2008
Tu vas parler, oui ! (où on passe aux aveux)
Vu que les nouvelles du vrai monde ne m'apparaissent pas tout de suite comme ça hop, ou plutôt, étant donné que je vis dans un fouillis de papiers, je viens de retrouver un article.
Pas n'importe lequel, bande de canaillous, non. Un article très sérieux datant du 15 décembre 2007, du Monde 2, dans lequel Pierre Assouline nous parle de St Augustin. Oui, le monsieur qui a écrit ses Confessions. Pas Pierre Assouline, St Augustin.
Peter est en effet surpris, et nous chronique le tout dans son billet (Peter, c'est Pierre Assouline, mais comme il faut faire jeune et frais, hop, Peter): les Confessions que tout le monde connaît plus ou moins se sont transformées en Aveux. Les Aveux de St Augustin, tout de suite, ça fait film d'espionnage, avec la mafia russe qui court aux trousses du méchant policier afghan qui menace l'équilibre du monde entier, et St Aug', il en aurait survécu, pour tout nous livrer dans ses mémoires ultrasecrètes.
Le traducteur des Aveux de St Augustin nous raconte, par le biais de Peter, et le mien, que le mot latin confessio, en l'occurrence, désigne l'"invention de soi-même à travers les figures littéraires de l'aveu". Peter d'enchaîner : " le choix du mot "aveu" présente l'avantage de ne pas créer de confusion avec les secrets du confessionnal".
Certes, certes, mais je m'interroge. Comme je l'ai dit au début, les Aveux, ça fait immédiatement Le Parrain XII: Bloodshot. Et puis plein de livres médiévaux (bon, ok, j'ai qu'un seul exemple), par exemple, Confessio Amantis, où c'est moins les aveux de l'amant qui va bientôt mourir que des confessions: il doit bien retrouver la paix intérieure zen du Christ.
Penchons-nous donc sur les origines (sans trop d'étymologie) du mot aveu, et du mot confession et voyons lequel des deux est le plus exact, suivant, comme d'habitude, mon Dictionnaire Historique de la Langue Française . Le problème, c'est juste que d'une part, St Augustin, il a écrit en latin, et qu'en plus, les mots français sont attestés au moins 500 ans après la mort de notre canaillou, c'est pas ultra probant.
-Aveu : "action de reconnaître une action comme sienne" (début XVII° siècle)+ "témoignage de ce que qu'un autre a fait ou dit". (1611). L'aveu d'une faute est l'emploi le plus usuel, comme dirait St Robert.
-Confession: dérivé du latin confessio (hah, on y arrive !) avec comme sens "aveu de ses péchés"; "profession de foi": l'aveu de ses péchés à Dieu, à un prêtre ou d'une faute à quiconque.
Mince. Avec aveu, on a moins le côté confession, mais confession est plus complet, quand même, vu qu'on a aveu dedans. Certes, ça fait chrétien, confession, mais si St Augustin ne l'est pas hein, où va le monde. Bref, avec cette histoire de détaillous lexicologiques, on ne sait plus à quels saints se vouer (qu'est-ce que je suis spirituelle !).
Essayons maintenant l'arme ultime linguistique, qui fait frémir les plus petits, et les plus grands ensemble, dans une chaîne humaine de la terreur. Les plus perspicaces d'entre vous y auront déjà pensé. Non, pas un Académicien, non.
Google Fight.
Si je tapote "aveu"/"aveux" contre "confession"/"confessions", j'y arrive toujours au même résultat: "confession/s" poutre la face de "aveu/x" comme un catcheur qui aurait envie de démontrer au freluquet qui glousse bizarrement que sa tenue moulante rouge flashy, elle est pas ridicule. Elle contient les muscles.
Je vous laisse le dernier mot concernant cette histoire, non sans vous raconter à ma sauce les anecdotines suivantes concernant les traductions diverses et variées des titres de livres:
Guerre et Paix a été La Guerre et la Paix. Jusqu'ici tout va bien, on est encore en niveau easy.
Dostoïevski a écrit Le Sous-sol. Bon, jusqu'ici tout va bien. Jusqu'à ce que le titre soit retraduit en La voix souterraine, puis Du fond du souterrain, Mémoires écrits dans un souterrain, Notes d'un souterrain (on garde un certain fil conducteur, tout de même), jusqu'à Les carnets du sous-sol.
Ah bravo, les gars, belle solidarité. J'imagine le fan de Dosto' qui se dit "Chic, un nouveau livre, ça doit être la suite de Le Sous-sol, j'ai quiphé grave" et puis en fait non.
Après, ça chipotouille un peu. Freud et son L'interprétation des rêves est devenu, depuis 2003, L'Interprétation du rêve. "Oui, mais le pluriel, c'était comme ci" "Le singulier, c'est comme ça". Bon, Freud, il l'a appelé Die Traumdeutung, fatalement, avec une langue germanique, on a moins besoin de prépositions et de genres, mais quand même, c'est du singulier, si je ne m'abuse, vu que Traum, hop, Träume au pluriel.Et vu que je viens de me farcir en allemand la page sur l'interprétation du rêve, avec des mots en Traum partout, on va pas contrarier ni la nouvelle traduction, ni moi, non mais.
On a aussi Au-dessous du volcan, de Malcolm Lowry, qui est devenu Sous le volcan. Hmm. Under the volcano, en même temps, même en traduction minable, ça reste sous le volcan, à moins qu'on veuille ajouter de la littératuralité.
Alors, faut-il sacrifier la correction du mot à mot pour faire plus joli dans la langue de destination ? Mieux vaut-il faire dans le Panzer Traducteur, et faire tout bien comme l'auteur l'a dit au risque de faire du calque honni par les meilleurs ? Faut-il rajouter sa touche personnelle parce que, n'est-ce paaaas, on est quand même carrément meilleur que les traducteurs d'avant ?
Je n'ai pas de réponse précise, et j'imagine que le mieux, c'est quand même de faire une sorte d'équilibre, où on bricole avec sa langue pour faire un travail joli et proche du texte. Evidemment, c'est herculéen.
Alors, prise d'un scrupule effroyable, après la lecture des traductions successives de tous ces titres, et surtout du dernier, j'ai été vérifier. Oui, l'esprit est faible: j'avoue, j'ai été vérifier que Sous l'océan, dans la Petite Sirène de Disney, c'était bien Under the Sea en anglais.
Et ça l'est. Le soulagement qui m'a envahie est indicible, et ma confession faite, je peux aller en paix.
lundi 5 mai 2008
Check the vaïbe ! (où je fais de la démagogie pour introduire de l'étymologie)
Je suis étonnement. Je suis presque colère. Je suis indignation, au moins.
Non, c'est pas vrai. C'est juste pour augmenter le quota de drames qui se passent en ces lieux. Oui, hein, c'est pas que la linguistique, c'est pas sexy, mais c'est certain que c'est moins insoutenablement suspensif, si vous me permettez le néologisme, que les séries américaines qui passent à la télé avec des personnages aux prénoms approximatifs, comme Criquette ou Brouque.
Je vois des gens qui arrivent ici en tapant "La pareil phonatoire". Je vois aussi encore un nombre inquiétant de "bouton sur le téton". Va falloir que je trouve un supermédecin qui assurerait les consultations pendant que je continue mon business de linguistique. Oui, business de linguistique. Comme un geek informatique, un jour, le geek linguiste lambda (qui existera certainement à un moment donné) arborera un t-shirt genre "schwa sux". Et ce t-shirt, il l'aura trouvé ici. Grâce à moi, fais toi-même ton patron de t-shirt de linguistique ! LOL !
J'espère que vous ne m'avez pas crue. Ce message il est encore destiné à ceux qui aiment les chats, et qui trouvent que les chats, c'est bien. Ces petits animaux duveteux, qui tiennent chaud la nuit et qui miaoutent joyeusement jusqu'à ce qu'on leur donne leur rata m'apportent des centaines de visites par jour. Bon, ok, j'exagère, mais l'esprit y est. Y'a des gens qui cherchent "dire je t'aime dans le langage des chats". Les chats, pour leur dire qu'on les aime, avec leurs poils sur la moquette et les griffures joyeuses, à mon avis, faut leur donner des croquettes, leur frotter bien derrière l'oreille comme ils aiment, mais certainement pas leur parler.
Au pire, vous pouvez mettre un entonnoir devant votre bouche, le côté évasé collé à vos joues purpurines, et hurler "[nom du chat] t'es gentiiil !". Là le chat prend peur, il s'enfuit, et après, vous le câlinez quand il daignera vous fréquenter à nouveau. C'est de la psychologie inversée. Hélas, pour tous les fans de chats qui parlent, ou à qui on pourrait parler, il n'y a rien. Eh non. Normalement, un chat ne parle pas, et nous non plus, on leur parle pas. Idéalement, on élèvera une ferme de mutants chats, pour que leurs petits yeux sournoisement fendus et leurs moustachines séduisent tous les gens, puis on fait un coup d'état et on devient maître du monde grâce à la douceur moelleuse de leurs pelisse angora et la puissante propriété analgésique de leurs ronronnements maxi-amplifiés par d'astucieux bidouillages génético-tuyautés.
Pour ne pas honteusement gonfler artificiellement les visites sur ce monument de la linguistique vivante et de la lexicologie joyeuse, je vous propose l'étymologie du mot vibrisse.
La vibrisse, c'est le vrai nom des moustachines sus-citées. Non, le chat n'a pas de moustaches. Enfin, pas comme on l'entend. Il a des vibrisses. C'est nettement moins kawai, comme dirait Maurice-kun (cf l'article infâme sur la Praystation. Non, ce n'est pas une coquille). Vibrisse, c'est la vaïbe (comme diraient des fans de la tecktonik), du latin vibrare, "agiter rapidement", "secouer", "s'agiter, scintiller", qui vient d'une racine indo-européenne weip-, weib- qui est la maman de vépate en sanskrit, "il s'agite, il tremble", et de veifa, en islandais, "être dans un mouvement vibratoire", et même de whip en anglais, (le fouet).
Eh bien vibrisse vient du bas latin, et même de vibrissae, "poils du nez". Le chat a des poils du nez surdimensionnés, ce qui lui assurera, à terme, la domination du monde et le monopole sur les boîtes de thon. Vibrisse est quand même, aussi, en zoologie, une plume filiforme à barbes rares. Observez les poils de nez de vos félidés, amis zoologistes, et écrivez à la rédaction, qui transmettra, si oui ou non, le poil du nez de Moumouche est bien une plume filiforme à barbes rares.
Dans mon excellent Dictionnaire historique de la Langue Française, il y a tout. Même "vibrodameur". Sans coquille.
Ah, et pour les amateurs de chats qui parlent, tapez "talking cats" sur YouTube. Y'a 6810 résultats, certainement hilarants, mais moins que mon Dictionnaire Historique de la Langue Française. Humpf.
