Voilà quelques petites nouvelles réjouissantes, parce que ça faisait longtemps. Et parce que je suis en vacances, aussi.  

Depuis quelques temps, quand je regarde la télévision, je suis Etonnée quand j'écoute la musique de certaines pubs. Yup, j'écoute la musique de certaines pubs, je suis comme ça, moi.

 

Il faut dire que depuis mon Traumatisme Post-Adolescence.......

Interlude musical : figurez-vous un retour dans les années 90

90giga

 

Imaginez les pin's parlants, "Les Visiteurs" vient de sortir, du coup dans la cour de récré, tout ce qu'on entend c'est "Eukéééé" et "mais qu'est-ce que c'est que ce bin's ?!". La pression de pairs pour faire comme les autres avait frappé, je me sentais naze à écouter ce qui n'était pas être sur la liste pour Devenir Populaire. Pour vous donner une idée, à l'époque, c'était cool d'écouter Ace of Base.  

Aux prémices du moment où j'allais passer d'enfant enfermée dans les livres à adolescente enfermée dans les livres, j'avais fait une razzia dans mon Monapris local² et j'avais acheté, entre autres, un deux-titres des Outhere Brothers, intitulé Boom Boom Boom. Dans ma naïve grace innocente, j'étais, bien que déjà versée en anglais, absolument imperméable aux paroles de l'oeuvre. Quelques dix années plus tard, en réecoutant la chanson, force fut de constater que j'avais chanté en yaourt sur une chanson traitant, entre autres, de maîtrise d'orgasmes ("I won't cum until it's time"), de levrette, voire de sodomie ("let me take you from behind") et de cunnilingus ("put your nani on my tongue and your booty on my face"--et je pense même que la notion complète de "boom" et de "lemme hear you say weyoh" est un peu dans le même registre). Pour le coup, c'est peut-être pas plus mal qu'enfant, je n'aie pas accès à la compréhension d'argot sexuel américain, mais c'était dérangeant après. 

 

Inquiétant également,  une autre chanson (Informer, par Snow) que j'aimais assez parlait, elle, d'arrestations et de séjours en prison--et avait été écrite justement après une expérience d'un an sur le terrain. C'était un parolier investi dans ses chansons à ce point-là. 

C'était une oeuvre en anglais jamaïcain, chantée par un Canadien (je suis troublée également en faisant les recherches pour cet article), mais je n'oublierai jamais la version uniquement en voyelles que j'avais inventée pour finalement, me rendre compte que j'avais aimé ça. Cruelles déceptions de jeunesse. 

 

Bref, j'ai ri un peu jaune en voyant la pub sur le couple de Danois un peu mignons qui headbanguait sur "Fuck You In the Ass" devant leurs enfants amusés (devinez qui s'est enhardi à sortir une chanson comme ça ? Toujours mes immortels Outhere Brothers; à cause d'eux, je dois confesser que je ne sais plus écrire outhere, et que je vérifie toujours 8 fois); et depuis, j'écoute toujours attentivement l'anglais autour de moi. Surtout les chansons. 

 Fin de l'interlude

 

C'est la raison pour laquelle, quand je suis tombée sur la pub Quindeure Maqu'si (qu'on peut trouver ici), j'ai été interloquée. Eh bah oui. Ecoutez bien la chanson. "If we sleep together/Would it make it any better...". OK; donc Quindeure a choisi une chanson parlant de gens ayant des relations sexuelles pour illustrer une nana sur un nuage magique créé par le sugar rush provoqué par 180 calories de chocolat suant le gras dans sa bouche. Même si elle est dans un train, qu'on imagine être un TER pourri roulant à 12 à l'heure, certainement pendant des vacances scolaires puisqu'il est surbondé, elle quiphe la vaïbz avec son chocolat fourré. 

Mais ça ne s'arrête pas là. Notre héroïne, elle est assise en face d'un odieux enfant qui lui fait un sourire coquin dès le début du voyage. Cet enfant l'a fixée pendant toute la scène du nuage, ses petits yeux chafouins et voyeurs bien braqués sur son sourire béat et sur son chocolat coupé en deux hyper droit comme on ne fait pas dans la vraie vie. A la fin, comme elle vient d'avoir son orgasme gustatif,  elle lui donne une barre entière de Quindeure. Non, elle ne regarde même pas le beau gosse assis à côté d'elle qu'on aperçoit d'ailleurs à peine. A la place, elle reste fixée sur l'enfant. 

 

Eh bien, cher(s) lecteur(s) , figurez-vous que la chanson utilisée comme support de cette scène de dépravation est elle-même encore plus dépravée que ce qu'on entend dans les 31 secondes de cette publicité qui nous emmènera tout droit dans les abysses de l'enfer. 

Il s'agit de "La Familia" de Mirah. La familia ? Alors qu'on parle de "si on couche ensemble est-ce que ça arrangerait les choses ?" dans les paroles ?!

Eh bien oui, mille fois oui. Je prends une infusion à la camomille d'outrage en rédigeant ces lignes tremblotantes. Oui, il s'agit d'une chanson cracra. Extraits incriminants : 

"You know i like it being in your family" (je voudrais faire une traduction minable à la "tu sais que j'aime bien ça étant donné que je suis dans ta famille", mais vous aurez tous compris "j'aime bien ça, être dans ta famille (mais siii, la forme en -ing sert aussi à exprimer de grands concepts). 

"None of us forget about who we are/It's not forever we can fool around in the dark", qu'on pourrait proposer en "Aucun d'entre nous n'oublie qui il est/ C'est pas toujours qu'on peut faire des cochonneries dans le noir" si on a 4 ans; évidemment le contexte nous donne un "toi et moi, nous savons qui nous sommes (je fais de la vile transcription, mais on est d'accord, c'est le même concept, pourquoi ne pas inverser le verbe pour faire de la jolie traduction ?)/ On ne pourra pas toujours batifoler* dans le noir". 

Et évidemment "If we sleep together/Would it make it any better?/If we sleep together/Would you be my friend forever?" qu'on a déjà traduit précedemment. "Si on couche ensemble, est-ce que tu serais mon ami pour la vie ?" Le "forever" est répété, et répété ad nauseam au moment où l'enfant voyeur accepte le cadeau de la souillon dégoûlinante de stupre et de chocolat. 

 

Je détesterais  arriver à des conclusions exagérées, mais tout de même. Ces éléments troublants de publicité, cette tension entre le désir de cet enfant d'avoir un Quindeure (et d'accéder, lui aussi, au nirvana lacté du nuage), la béatitude obscène de cette voyageuse du dimanche qui n'a qu'un petit sac à main bourré de chocolat (les autres la bousculent parce qu'ils mettent des bagages en hauteur, mais elle, elle serre son baise-en-ville fébrilement avant d'arriver place 43 côté fenêtre), et la chanson qui traite de thèmes incestoscabreux, le tout recouvert d'une couche de bons sentiments, parce qu'après tout, on vend du chocolat pour enfants. 

Alors je me demande. Est-ce que la friandise marron à l'extérieur, blanche à l'intérieur est le symbole de la dépravation cachée de cette réclame ? Est-ce que les publicitaires ont vraiment écouté la chanson, ou se sont-ils seulement dit "oh, après tout, hein, bon, y vont pas comprendre, ça sonne joli quand même" ? 

 

Est-ce que c'est mon déficit de magnésium qui me fait voir des horreurs linguistiques dans le chocolat ? 

 Yaourt-au-Kinder-Maxi

Bref, je dois vous laisser, je sens que je vais finir par céder et tenter cette recette démoniaque, dont vient cette charmante photographie. Ou me calmer les nerfs en buvant une autre camomille. 

 

² Qui avait un rayon disques à l'époque, incroyable, c'est ça d'être née dans les années 1760, les enfants ! 

* J'ai l'âme d'une vieille femme de 800 ans, je vous l'avais dit. De mon temps mental, on "fréquente" quelqu'un et peut-être qu'un jour, après le mariage, on "batifole". Et les moins chanceuses de mes amies ont des "descentes d'organes" à 22 ans.