J'ai la chance d'avoir des amis qui viennent de Régions de France. Etant donné que je suis incorrigiblement Parisienne et parisianiste pour de rire, mais qui fait quand même fréquemment la confusion entre "La France" et "Paris" (j'ai honte, mais je me soigne), je ne peux qu'envier un peu, avec distance mais amour, les expressions locales et autres particularités de la langue parlée par mes amis. 

 

Parmi les gens que je connais, je suis fascinée par l'accent marseillais-mais-pas-trop tel que parlé par un de mes Informants, un jeune homme qui palatalise les /i/ ("j'te djis") de temps en temps (je n'ai pas non plus fait d'études de fréquence), mais qui parle relativement pointu (vivant à Paris, et, apparemment, n'ayant jamais eu plus l'accent que ça). 

Dans son entourage, les gens sont partagés entre "il a l'accent du sud" et "pas du tout, il parle parisien". Le pire, c'est que c'est déjà arrivé devant moi, avec deux camps distincts aux opinions bien tranchées. Evidemment, je me range du côté de l'accent-- les sons sont marseillais, mais les motifs intonatoires sont parisiens, si vous voulez. 

 

Dans le lexique utilisé, qui me rappelle ce vieux billet se trouve une petite perle que j'adore : l'introduction de certains syntagmes lexicaux par un article défini, alors qu'en français standard, on aurait tendance à utiliser un article indéfini. Traduction : il dit "le X", je dirais "un X". 

Mise en exemple, avec anecdote : 

"...et donc quand je passais le permis, les monitrices, c'était des cagoles, mais elles m'adoraient ! Une fois, y'en avait une, Laetitia, la plus cagole de toutes avec les lunettes de soleil, le pantalon en panthère et les cheveux blonds, elle rentrait dans la voiture, et on s'entendait tellement bien, je lui ai dit "Oh, Laetitia, qu'est-ce que tu as fait à tes cheveux ? " et là, elle me dit "J'ai fait le brushing"". 

Je passe sur "cagole", que j'adore et qui est tellement mieux que "bimbo" et autres équivalents, mais surtout, j'ai Aimé de Tout Mon Coeur la dernière phrase : "J'ai fait LE brushing".

Je vous laisse imaginer " leuh breuchingue", et la tête de cette dame. 

 

Bref, cette historiette est restée entre nous, et dès que nous parlons de choses capillaires, il convient toujours d'employer un article défini. 

 

Un soir, je reçois un SMS* qui contient uniquement cette photo :

LE gel

 

J'ai mis du temps à comprendre; mon Informant, c'est Carré Orange, son interlocuteur, en l'occurrence, son petit frère, Carré Vert, en pleine discussion sur Facebook. Evidemment, mon Informant a jugé bon de m'envoyer une capture d'écran faite sur téléphone, pour étayer ses propos sur Laetitia, la monitrice et le breuchingue. 

 

Que dire du ravissement dans lequel "je mets le gel maintenant et tout" m'a plongée, sachant que son frère a 13 ans, et que j'imagine tout à fait le petit Marseillais super fier de sa coiffure (merci Béatrice)

Et surtout, ce message contient une autre beauté : l'utilisation de "oh ?" par mon Informant, pour exprimer la surprise et la curiosité. Une sorte de bonus Kinder dans le message. Personnellement, je n'aurais pas dit "oh ?" dans ces conditions...et puis évidemment, à force de fréquenter (et d'apprécier) cette onomatopée plaisante, je m'y suis mise. 

 

* Le Jeune qui est en toi aura bien raison de me rectifier en disant "un MMS". 

 

Enfin, pour parachever l'oeuvre, je me réjouis que des particularités régionales orales passent par :

- une discussion, point de départ qui m'a permis de comprendre le tout,

- une discussion sur Facebook qui contient des occurrences naturelles de ces phénomènes,

- un envoi d'un MMS d'exemple,

- la rédaction d'un message de blog, vraissemblablement partagé par moi sur d'autres réseaux sociaux, peut-être même lu par des gens qui découvriront ces régionalismes (?).