Mes Langues aux chats

Un recueil de chroniquettes pour découvrir et apprivoiser la farouche Linguistique, et proposer une réflexion sur les langues (mais en rigolo)

jeudi 15 novembre 2007

Ouaiche ouaiche l'orthographe laulle

Literacy_Cat

Eh oui. Depuis le temps où ce journal prône la linguistique, les chats, que les gens sont étonnés par la beauté toute relative de mes traductions, il était temps que j'y accroche une photo de chat. Parce que le chat lettré, il a sa place ici aussi. [image trouvée sur http://icanhascheezburger.com/ les ayant-droit et tout gardent évidemment leurs copyrights onagain et tout. ]

Cette image quelque peu sky-blogesque (quoique, il n'y a pas de .gif animé, pas de lasers sortant des yeux du chat) est une parfaite (enfin une "perfick")  introduction à la critique du bouquin Mot pour Mot de Vincent Cespedes.

Maintenant que le côté ludique est passé, hop, un truc un peu long et un peu longuet encore plus. Je sais que vous aimez ça, en gros. Alors que je hantais un magasin de livres d'occasion, je suis tombée sur ce livre. Instantanément, je l'ai pris.

En effet, sur la couverture, y'a marqué le titre en groovy (en grosses lettres sur des carrés de couleur, on dirait un dancefloor techno), et en dessous, hop: "Kel ortograf pr 2m1 ?".

Croyant à un livre écrit en kikoo, et surtout, d'une réflexion sur l'orthographe (du coup...c'est vrai qu'avec une telle accroche, on aurait difficilement pu croire à un bouquin sur la physique quantique, mais on ne sait jamais), et voyant le prix de la chose, hop, je l'ai pris sans me poser de questions.

En réalité, Vincent Cespedes nous a fait une sorte d'essai, mélangeant thèse et anti-thèse (pro et contre orthographe traditionnelle) mais un peu comme ce bouquin écrit par le nutritionniste qui a fait un roman avec des anorexiques et des gros dans une clinique qui parleraient normalement mais qui en fait, montreraient de grands archétypes des problèmes de poids. En effet,  Mot pour Mot est un roman, mais un peu tiré par les cheveux quoi. C'est deux personnes qui se rencontrent dans le train: Noémie, une dame qui sort avec un correcteur, et Louis, un prof de français homo, qui discutent ensemble dans le train qu'ils prennent une fois par semaine, en gros. Elle est très progressiste, genre "l'orthographe est un carcan, brûlons-la comme nos soutien-gorges !" et lui, il est plus genre aulde skoule concernant l'orthographe et toutes ces choses. Genre les recommandations de l'Académie, il chie dessus, vu que les académiciens raccourcissent ses mots préférés et que surtout, faut toucher à rien de rien.

Le truc trop bien ficelé, on sent pas du tout le fil blanc, c'est que la dame est sourde, et que du coup, ils doivent s'écrire pour communiquer. D'où leurs discussions. Ce que j'aime bien, c'est ue les deux ont des références super pointues. Exemple tiré page 34:

Lui (enfin, Louis, enfin, c'est pareil): "Je me range du côté de Gustave Le Bon: "Le véritable progrès démocratique n'est pas d'abaisser l'élite au niveau de la foule, mais d'élever la foule vers l'élite."

Elle (Noémie): Louis, encore une fois, ne soyez pas victime de la mythographie ! Ce brave Gustave ne dit-il pas aussi: "Plus les lois proclament l'égalité, plus se développe le besoin de signes extérieurs d'inégalité" ? Quant à moi, je me range plutôt du côté de Reinaldo Arenas: "La langue est un outil, non un dogme".

Et vlan, voilà que ça échange des dates précises, des recommandations de l'Académie, des SMS décomposés "Non mais si Jennyfer écrit "Je tdr", c'est pour gagner de la place, et puis ça fait de la complicité..." Moi, j'ai jamais parlé avec qui que ce soit en disant "Mais enfin, cher ami, dans Rutebeuf, quand il marque "il ventoit devant ma porte", c'est quand même archaïsant, surtout que patati !". Quoi qu'il en soit, malgré ce côté hybride et super artificiel (bah oui, c'est un roman, du coup moi j'attends leurs petites histoires aussi, mais en même temps, ça discute sévère de linguistique, d'orthographe, de trucs sérieux, mais pas sous la forme attendue...) y'a aussi un peu de roman. Un peu.

Du coup, on oscille, mais ça va, c'est assez agréable à lire. Les dialogues sont bien découpés, chaque trajet/chapitre (oui, ils sont dans leur train, faut suivre) est séparé des autres par une petite introduction de citations (hah, le poème de Verlaine sur l'orthographe, hop, un petit truc de Nietzsche: "Je crains bien que nous ne nous débarrassions jamais de Dieu, puisque nous croyons encore à la grammaire"), et puis y'a des phrases rigolotes, comme cette merveille des accords du participe passé " Que d'hommes se sont craints, déplu, détestés, nui, haïs et succédé !"

A la fin du bouquin (dont je ne vous raconterai pas la fin. Faut dire que je l'ai pas exactement fini non plus en écrivant ces lignes), hop, on a des citations de vrais gens, comme des lexicographes, de linguistes, de psychiatres, d'écrivains, etc etc. qui défendent des idées contradictoires concernant l'orthographe. Moi je dis que ce livre il est bien quand on est intéressé par ce genre de questions, de  pédanteries (oui, parce qu'à la fin de la lecture, si ça se trouve, hop, on pourra retenir les citations les mieux, et les ressortir en dîners chics, savoir qu'une cacographie, c'est ces textes mal orthographiés à recorriger), et on pourra même rire un bon coup quand même en relisant certaines traductions aléatoires; oui, parce que parfois, notre Vincent, il va trop loin, alors du coup, il s'enflamme tout seul entre deux dialogues et nous retraduit des trucs en kikoo. Exemple tiré p. 194-195:

Manon Lescaut, Abbé Prévost (1731)
Elle me parut si charmante que moi, qui n'avais jamais
pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec
peu d'attention, moi dis-je, dont tout le monde
admirait la sagesse et la retenue, je me trouvais
enflammé tout d'un coup jusqu'au transport.

J'avais le défaut d'être excessivement timide et facile à
déconcerter; mais loin d'être arrêté alors par cette
faiblesse, je m'avançai vers la maîtresse de mon coeur.
Quoiqu'elle fût plus âgée que moi, elle reçut mes
politesses sans paraître embarassée.

Bon. J'ai respecté les sauts de ligne, j'ai mis le texte en entier. Relisez un petit coup, histoire d'être imbibés par l'Abbé Prévost. Maintenant, voyons ce que le petit Vincent nous a pondu comme "extrait traduit en français n° 1-graphie n°1" comme il dit. Je vous lance donc l'oeuvre. Préparez les mouchoirs, c'est quand même vachement mieux. Allez.


C la first fwa 2 ma life ke je kif 1 meuf alor ke jamai
j'lé vue. L é tro stylée, mwa kiété +to 1 mec genre sage
& coincé tout à coup G T croc d'L, cho jusko métro.

Mwa ki paniquai à chaq fwa et pensai k G T une
tapette, j sui allé vers L en m'la racontant. J l'ai
accostée 100 m'taper la latch. Mem si L été + vieille
ke wam, j men batai les couilles, L é restée pépère.

Bon, y'a des erreurs de traduction, mais c'est bien quand même. Le truc, c'est que si c'est ça la graphie n° 1 en français n° 1, je veux pas voir jamais ce que le français n° 2 donnerait. Jamais jamais. D'ailleurs, heureusement, y'a pas de graphie n° 2. On est pas dans les Exercices de Style de Queneau quand même !
Bref, un bon bouquin avec de vraies citations et de vrais débats, on sent que quand même c'est le genre de choses qu'il a dû entendre un bon paquet de fois et que donc là, il a tout balancé dans son bouquin... Qui n'est d'ailleurs pas le premier quand même.
Mais il ne faut pas l'acheter au prix hardback, mieux vaut attendre une parution en livre de poche. Je pense que si j'avais dépensé 17€ pour ça, comme indiqué derrière, je n'aurais pas été précisément heureuse, quand même.

En bref - Fiche technique de l'opus:

Cespedes, Vincent. Mot pour mot: Kel ortograf pr 2m1. Paris: Flammarion, 2007.

17€ en vrai, mais attendez un peu quand même. Ou alors achetez-le à plein de gens, ça vaut la peine aussi.

Posté par Succubae à 10:54 - Littérature et critiques de livres - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


jeudi 19 octobre 2006

Aa ! (bonjour en diola). Khaumykhyghyz !(bonjour, en bashkir)...

Saviez-vous qu'il n'existe pas de mots pour dire "art" dans les milliers de langues africaines ?

    C'est une merveilleuse (et courte !) introduction sur un livre non moins mirifique: "The Meaning of Tingo", par Adam Jacot de  Boinod. Dans ce petit ouvrage (attention, il ne me semble pas qu'il ait déjà été traduit en français)où les mots sont classés par thème, on voit que même si on a pas "art" en langues africaines, nous, en français, on a pas de mots comme giomlaireachd qui signifie "avoir l'habitude de débarquer chez amis comme par hasard à l'heure des repas comme un gros pique-assiette" (gaélique écossais), et bien d'autres.
Mine de rien, on apprend plein de choses, comme le fait qu'en albanais, on ait 27 mots pour dire "moustache"
(quelques exemples: holl est une moustache fine, posht, une moustache tombante, dirs ur est le duvet immonde de l'adolescent qui se rase pas, même qu'en classe de troisième et de quatrième surtout, y'avait de sacrées bandes de dirs urs...)
    En plus, c'est bien classé, chaque thème est introduit par un petit proverbe: bu yin, bu long bu cheng gu gong pour introduire la famille signifie en chinois "A moins de prétendre d'être sourd ou stupide, il est bien difficile d'être une belle-mère ou un beau-père".

    En parcourant ce livre (qui s'honore de citer près de 280 langues), on voit que l'hawaïen et le japonais ont des lexiques bien amusants, et parfois tout à fait adaptés à des situations qu'on décrirait avec force mots, faute d'avoir un signifiant à la hauteur : ainsi "être déchiré comme un drapeau", "saoul à en hurler" se dit en japonais tora ni naru (devenir tigre), "une femme qui refuse de travailler pour vivre sur le salaire de son mari se dit en hawaïen polohana'ole.
Une petite phrase qui a son succès de la drague au Japon (à essayer, il paraitraît à ce qu'il parait que ça marche mais après tout, je suis Super Linguiste, pas Super Drague): Rainen no kono hi mo issho ni waratteiyoh. " Hey, petite, l'an prochain, même jour, même heure, on rira ensemble. "  Wahou. Là, malgré la traduction un peu "lâche" que j'ai effectué, on sent tout de suite le pouvoir hautement érotisant de la phrase. C'est certain que là, la fille conquise vous lâchera son neumbeure, surtout si vous rajoutez "mamoiselle".

    Evidemment, tout le monde parle des mots des Esquimaux pour la neige. Bon, c'est bien, vous avez tous entendu dire qu'il y a 150 mots, 200, 100... Mais le mot "Esquimau" est considéré maintenant comme une insulte aux multiples peuples (et langues) auquesl on applique cette toute petite étiquette: on a l' inuit au Groenland et au Canada, le yupik en Sibérie orientale et l'aleut en Alaska. A cause de la diversité de langues auxquelles on a à faire, il est très difficile de faire un compte sûr et certain, mais voilà encore une fois quelques mots tirés de l'inuit:
neige légère mais profonde, qui nécessite l'utilisation de raquettes: taiga (tiens, tiens, ça vous rappelle rien ?)
neige légère idéale pour les voyages:  mauyasiorpok
poudreuse: nutagak
neige fraîche: nutaryuk
neige non compacte qui ne sert à rien en tant que telle vu qu'elle vient de tomber mais qui déchire en tant que matériau de construction une fois compactée: ariloqaq
avalanche: sisuuk, aput sisurtuq
tempête de neige: pirsuq, pirsirsursuaq, qux

    Et puis le livre parle de créoles (langues parlées par des locuteurs natifs, créées par la fusion de deux langues) et de pidgins (pareil, sans locuteurs natifs). Voilà un petit (ou deux) exemples truculents de pidgins...En Nouvelle Guinée, où le Tok Pisin est parlé (tiens, Tok = talk, et pisin = pidgin...) "accordéon" se dit liklik box you pull him he cry you push him he cry. C'est tout à fait descriptif du machin, quand même.
    Et le Duc d'Edimbourg, le mari de la Reine d'Angleterre, comment on l'appelle à Vanuatu ? Par le charmant titre de oldfella Pili-Pili him b'long Missy Kween (ah, "old fellow", c'est mignon), alors que le Prince Charles est Pikinini b'long Kween. Pikinini. Pikinini. Je ne m'en lasse pas. Et tout ce beau monde appartient donc comme de juste à la reine.

    En plus y'a plein de petits encadrés sur les gestes à faire (ou à ne pas faire) dans certains pays, ainsi que des listes de faux amis de l'anglais, qui sont un peu moins intéressants pour nous vu qu'il y a des mots français qu'on ferait pas l'erreur, hein ? parce que pour nous, "baron", c'est à la fois le titre de noblesse (comme eux) et le baron de la drogue.

Encore un truc rigolo:  le Bassa, parlé au Libéria ne distingue que 2 couleurs: ziza, rouge/orange/jaune et hui, qui fait vert/bleu/violet. Il n'y a que les japonais et les langues européennes qui distinguent pour de vrai les 7 couleurs de l'arc-en-ciel. Je vous raconte pas la joie des libériens qui voient des pubs pour les trucs "plus blancs que blanc". Ah. Ca doit leur faire une belle jambe. En Nouvelle-Guinée, la langue dan ne distingue que les choses claires mola et foncées mili.
En plus, seules 9 langues ont un mot pour blanc et noir, et il n'y a que 21 langues qui n'ont que blanc, noir, rouge comme couleurs, et 8 langues de plus ont aussi "vert". Ensuite, vient "jaune", avec 18 autres langues, puis "bleu" (6 langues) et enfin "marron" (7 langues).
Je pense que le catalogue "La Redoute" avec ses lots de serviettes en 24 couleur avec "cramoisi", "ocre", "bleu de Prusse" va avoir du mal à s'imposer là bas...

    Et hop, un dernier petit truc à rectifier. Tout le monde connait le village gallois au nom très long ? Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwillantysiliogogogoch. Ce qui signifie " L'église de Sainte Marie près du bosquet de chataîgniers, pas loin de la rivière aux tourbillons, près de la grotte rouge de l'église de Saint Tysilio". Bien. Ma traduction est pas top, mais c'est quelque chose dans ce genre quoi. Sachez que les habitants l'appellent juste "Llanfair" (il faut bien faire le ll, qui est une fricative latérale. C'est un peu comme quand on veut faire un son dégueu avec sa bouche, et dire "c'est Sophie" avec l'accent d'Elie Sémoun quand il fait le type qui recherche une fille avec "une grosse potrine".)
Eh bien notre Llanfair, il est enterré dans les grandes longueurs par le nom de la capitale thaïlandaise, Bangkok. Là bas, ils l'appellent Krung Thep... Mais en thaïlandais, où y'a pas non plus d'espace entre les mots elle s'appelle en vrai de vrai...
Krungthephphramahanakhonbowonratanakosinmahintharayuthayam
ahadilokphiphobnovpharadradchataniburiromudomsantisug
.
Vous pouvez m'applaudir pour la performance de tape à l'ordinateur, là. Le livre coincé sous le bras, les mains cherchant desespérément des unités pour découper le truc en chose faciles à retenir. Merci. (par contre j'ai du le couper en deux, ça passait pas à l'image, du coup ça fait moins impressionnant. Mais essayez quand même de le prononcer, pour voir).

En plus, voilà la traduction: Cité des anges, Grande Cité et Résidence du Bouddha d'Emeraude, Impugnable Cité du Dieu Indra, Grande Capitale du Monde, Dotée de Neuf Pierres Précieuses, Abondante en Enormes Palais Royaux qui ressemblent à la  Demeure Divine où règne le Dieu Réincarné, une Cité Offerte par Indra et Construite par Vishnukarm.

Ca ressemble un peu à une pub, la fin "et voilà notre Grande Cité, Offerte par Indra et Construite par Vishnukarm ! On applaudit nos sponsors !".
    Imaginez: et  si on renommait le Fort Boyard pareil? Ca donnerait un truc genre  "Impugnable Fort, Cité où règne La Boule et Félindra (tête de tigre), Parcourue par des Gens Habillés en t-shirt Jaune, Défiés par les Maîtres du Temps, Grand Coffre des Boyards, Offerts aux Enfants qui Souffrent après des Epreuves Commandées par le Père Fourras, avec des Tas de Rats et de Mygales où on a Collé des Petits Indices en Dessous pour Effrayer les Candidates, Parcourue sans Cesse par Passe-Partout et Passe-Temps, et Offerte par Joué Club et Kiabi..."

Ca aurait plus de gueule tout de même.

Ce petit article me permet aussi de caser une  traduction de mots non présentes dans le livre...

La racaille qui dit "ouaiche", c'est en fait une déformation: en arabe, "ouaich" signifie "Est-ce que...". Donc "Ouaich il reste du Yop dans le frigo ?" est à peu près acceptable. C'est l'équivalent français-arabe du parler de Jean-Claude Van Damme, en gros.


Bref, je vous conseille l'achat du "Meaning of Tingo". D'ailleurs, Tingo, ça veut dire en Pascuence (parlé sur l'Île de Pâques) "emprunter des trucs chez un ami jusqu'à ce qu'il reste plus rien chez lui."

Donc The Meaning of Tingo (and other extraordinary words from around the world), Adam Jacot de Boinod, aux éditions Penguin Reference. Il m'a coûté £10, mais j'ai l'édition en "hardback", je pense que le truc en livre de poche (que j'ai vu chez Shakespeare & Co) est moins cher.

Posté par Succubae à 13:05 - Littérature et critiques de livres - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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jeudi 28 septembre 2006

Notre nouvel ami des anglicismes

    Les Anglicismes. Bouh, caca, méchants. Vilain « hardware », « week-end » (ha, le magazine « Bon Week »!), prout le « cow boy » et le « meeting ».

    Voilà en substance le message délivré par Yves Laroche-Claire, qui a décidé on ne sait pourquoi de pondre un livre intitulé « Evitez le franglais, parlez français ». Dans ce livre, de bonnes initiatives, de jolies traductions qui respectent le Français de Toujours, avec Ses règles, Ses bons gros suffixes et Ses racines bien de chez nous. Tiens donc. Notre bon Français, jamais influencé par le Francique (pour le vocabulaire de l’armée par exemple), par l’Arabe (astronomie et mathématiques), et qui n’a jamais, jamais, jamais influencé l’Anglais (britannique).

    Mais ce qu’Yves (qu’il me permette de l’appeler par son prénom) nous délivre, ce n’est pas ce message de paix entre les langues, non, lui il va plus loin, et il nous envoie un message cosmique de traductions farfelues sorties d’on ne sait où.

    Exemple, « zapping ». Bon, ce mot est rentré en français, et Yves nous dit que « tour des chaînes » est un bon équivalent. Jusqu’ici tout va bien, mais, en grand farceur qu’il est, il essaye de faire du zèle, et nous donne aussi «flânerie cablée», « boutonnage » et autres fantaisies.

    Yves fait également dans la traduction de mots bien intégrés au français, comme « gadget ». Là arrive la dimension co(s)mique sus-mentionnée, puisque selon lui, on devrait dire « amusette ». Ah là oui, c’est festif, amusette. On sent tout de suite l’humour de cet homme sensible, qui dit dans la préface « c’est pas bien de traduire les xénismes , les mots qui viennent d’un contexte britannique ou américain, là on n’y touche pas ». Oui, enfin il nous traduit quand même « cowboy » par « garçon vacher » ou « aventurier », dans des exemples pris dans l’ « Ouest américain » (ces aventuriers qui, dixit Yves, ‘vouent un culte sans limites à leur cheval’) .

    Je suis peut être de mauvaise foi, mais quand même, je pense que là, Yves en fait trop pour nous, petits francophones. Je l’imagine, fébrile, se disant « han, ‘clown ’ ça peut plus durer. Je vais leur proposer ‘farceur’ à la place... Oui, ‘farceur’, c’est bien. Et ‘bouffon’ et puis ‘fantaisiste’ aussi. C’est bien ça... ». Oui, bouffon, vraiment, c’est bien.

    Bon, je critique méchamment, mais en vrai, à part les définitions saugrenues, y’a aussi des points utiles sur les glissements de sens de mots français, « sévère » (comme quand on dit « de sévères pertes » au lieu « de lourdes pertes »), « alternatives » et ainsi de suite. Là ça va, ça vaut la peine de savoir tout ça, et puis c’est marrant d’apprendre que l’expression « été indien » n’existe pas en français, mais qu’il faudrait dire « l’été de la Saint-Martin ». Joe Dassin, si tu nous entends, corrigeons ensemble ta chanson.

On ira

Où tu voudras quand tu voudras

Et on s’aimera encore

Lorsque l’amour sera mort

Toute la vie sera pareille à ce matin

Aux couleurs de l’été de la Saint-Martin !

Ca passe, ça passe pas mal. Faut juste accélérer le dernier vers, mais sinon, « indien », «Martin », ça rime, c’est formidable.

    Et puis un autre point positif de l’ami Yves, c’est qu’il trouve lui aussi toujours des mises en situation et des exemples ahurissants.

« Epouser une fille de couverture d’origine hongroise ». (cover-girl)

Je pense qu’il crève de jalousie à cause de la femme d’un ami, et qu’il a voulu se venger en les citant discrètement: « Humpf, ce type-là a une femme tellement vulgaire, allez, je vais parler d’eux, ça va leur faire les pieds ! »

    Comme je suis quand même super sympa, je donne la référence complète du livre... Et vous propose un petit jeu: munissez-vous d’amis, du livre, d’un petit carnet et d’un crayon. Ensuite, ouvrez la Bible des Anglicismes à n’importe quelle page, et demandez à vos amis soit:

-d’imaginer un équivalent français à un anglicisme

-de retrouver le mot original d’après les propositions de traduction d’Yves.

    Comptez les points, et, pour corser le jeu, n’hésitez pas à donner les définitions les plus illuminées de notre ami, comme « boîte à musique » pour juke-box (y’a aussi « machine à disques automatique » mais là c’est trop simple). Après test, je peux vous assurer qu’il faut au moins une demie-heure pour comprendre comment Yves réfléchit.

LAROCHE-CLAIRE, Yves, Evitez le franglais, parlez français. (2004)

Ed: Albin Michel, collection Les Dicos d’or. Prix marqué sur le derrière du livre (enfin, la quatrième de couverture, en gras, TTC):12€

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samedi 23 septembre 2006

Le livre parfait...

    Dans une émission à la radio (France Inter) , j'ai entendu une interview de Mary Higgins-Clark, qui décrivait une expérience rigolote...

    Des scientifiques se sont penchés sur les livres, à la recherche du livre parfait, de la meilleure vente ultime, que tout le monde voudrait se procurer... Alors ils ont cherché les 5 livres les plus vendus au monde depuis l'invention de l'imprimerie.
    L'ordinateur a calculé que les sujets de ces 5 livres étaient:  Dieu, la royauté,  le suspens et le sexe (la liste des 5 livres n'était pas donnée, mais à mon avis ça doit pas être difficile à trouver). Alors nos amis scientifiques se sont dit: "et si on mélangeait tous ces livres, ça ferait le meilleur livre de tous les temps, non ?" Ils appuyent, remplis d'espoir, sur la touche "entrée" de leur ordinateur.

Il mouline, mouline, et enfin sort la première phrase:

"Mon Dieu !", s'écria la reine, "j'ai été violée ! Mais qui est le coupable ?"


(Si ça se trouve, ce livre est maintenant disponible à la vente. Je le vois bien s'appeler "Les Gros Bijoux de la Reine", par Gérard de Villiers, et il raconterait comment Malko, déguisé en Abbé Pierre, aurait eu une enquête à faire dans le cercle très privé de (feu) la Queen Mum.  Je veux ce livre. )

Posté par Succubae à 23:29 - Littérature et critiques de livres - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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