Mes Langues aux chats

Un recueil de chroniquettes pour découvrir et apprivoiser la farouche Linguistique, et proposer une réflexion sur les langues (mais en rigolo)

mardi 15 juillet 2008

L'apprentissage des langues, une grande aventure

Monsieur_Turc_Powa

Cet homme (dont la photo solaire est au frontispice de cet article) va vous faire aimer la linguistique, et les alphabets. Oui, je sais, il n'en a pas l'air comme ça, mais en fait si. C'est notre nouveau correspondant turc, dans ce blog de langues. Il est, dans ce monde de brutes, le seul rempart à l'alphabétisation et surtout, à l'apprentissage du turc. En effet, il va vous transporter dans un monde dont vous ne sortirez jamais tout à fait pareils: l'alphabet turc ET les mauvaises transitions vidéo.

Il est à noter, malgré la gaudriole manifeste qu'il va vous inspirer, que l'alphabet turc comprend également tout un tas de diacritiques, ces petits accents qui différencient la valeur des lettres; tel un é ou un è, agissant sur la valeur phonique de la lettre. L'alphabet turc ne comprend pas les lettres Q, W, et X, ce qui limite les chances de scorer au Scrabble. Allez donc faire un tour sur cette vidéo sortie des entrailles fumantes de YouTube, vous m'en direz des nouvelles.

Mais cet ami nouveau, et pourtant présent dans nos coeurs, j'en suis persuadée, est aussi à l'origine d'une réflexion gentille sur la phonétique: en effet, pour le ü, il propose la transcription "ü like u in nude". Non non, monsieur. Le son qu'il produit est [y], soit le u français. Mais nude, en anglais, c'est [u:], c'est-à-dire un "ou" long (précédé d'un [j], ou yod, surtout en anglais brittanique). Soit le problème du: comment mettre des gens locuteurs d'une langue X, où il leur manque des sons, pour faire ceux de la langue Y, ou langue cible ? Faut-il s'adonner à la simplification à outrance, comme le monsieur qui dit "bon, [u:], [y], c'est le même son en très gros, alors ça va passer", ou au contraire, dire "attention, ce son n'apparaît pas dans votre système phonique, ne paniquez pas" ?

Parce que l'énorme problème, c'est qu'on considère qu'à partir, en gros, de l'âge de 8 ans, l'aire de Broca, ou partie du cerveau qui gère les langues, est incapable de créer de nouveaux réseaux performants, reliant l'appareil phonatoire au cerveau: soit l'image acoustique qu'on a est faussée (comme, par exemple, si on était persuadés que son ü se prononçait [u:]), soit (et c'est le cas le plus courant), on arrive absolument pas à prononcer le nouveau son qui se présente à nous. Parce que c'est presque impossible. D'ailleurs, à ce sujet, avant, on pensait que peut-être, la gymnastique phonatoire marcherait: on s'entraînerait à mettre la langue comme il faut, à faire sortir l'air comme il faut, et hop, au bout de 15 jours et de 2 séances, on y arriverait.

Le problème, c'est que c'est impossible, et que ça ne marche pas comme ça: je me rappelle l'anecdote d'un docte (hah) qui disait que, dans son jeune temps, il avait essayé de placer un batonnet de médecin dans la bouche de ses élèves anglophones pour leur faire réaliser le r français (si vous ne voyez pas le bien fondé de l'opération, essayez de faire notre bon vieux r et le r anglais. Normalement, vous allez remarquer que, pour réaliser le notre, la langue ne bouge quasiment pas: elle va vers l'arrière, ce qui nous permet de faire ce si joli son, quand il est isolé). Et évidemment, malgré toute la bonne volonté du crew francophile, il s'est aperçu du fait que ses élèves réalisaient un r anglais en prenant le bâtonnet comme appui pour leur langue, au lieu de prendre les côtés du palais, si vous voulez.

Moi, j'aurais aimé voir la classe entière de jeunes gens avec un bâton en travers de la bouche, en train de faire des espèces de croassements sous les yeux incrédules d'un prof. Ca devait être beau, tenez.

Bref, on est bien embêtés, avec ces histoires d'alphabets. Surtout que, souvent, une lettre ne se prononce pas de la même façon, quand elle est à l'initiale d'un mot, ou d'une syllabe, ou à la finale. Là, le monsieur nous assure que chaque lettre est prononcée pareil quelle que soit sa position, mais c'est grâce à nos petit diacritiques qu'il en est si assuré, à mon avis.

Ah, et ne vous laissez pas avoir par le nom de la vidéo. Non, il ne veut pas de câlins gratuits, le fourbe, c'est surtout pour nous attirer dans son piège de langues. Et aussi, ne regardez pas les autres vidéos. J'ai essayé, j'ai perdu un peu de mon âme dans chacune d'entres elles. Oui, celle où il dit que les chats sont des médecins et vous guérit par son ronronnement, c'est peut-être la pire des drôles. Après, il part dans des délires extrémistes, mais nous ne sommes pas là pour rigoler, mais pour laisser son alphabet turc nous pénétrer.

Hiii, une réflexion qui me vient, en voyant les noms de ses vidéos, et ses thèmes préférés; saviez vous que si, en français, on dit "Antéchrist", en anglais, on dit "Antichrist" ?

C'est une erreur du français, le sens passant de "adversaire du Christ" à celui de "précurseur du Christ". Oui, je sais qu'on dit "antidater" pour "antédater", mais en vrai, le grec ayant antikhristos, là, c'est la boulette. Par exemple, dans Rabelais, on avait antichrist mais y'a eu de la mauvaise bidouille entre le latin antichristus et antechristus, et hop, on a gardé le mauvais. La première forme en français a été antecrist, puis on a pensé que c'était joli et voilà.

Posté par Succubae à 19:21 - Multimédiateries - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


mardi 1 juillet 2008

Une réclamation (où je m'insurge presque)

La curiosité a tué le chat, comme on dit en anglais. Prise d'une envie multimédia, j'ai tapé "linguistics" sur YouTube. C'est le Mal, ok ? C'est pas bien.

Déjà, on tombe sur la chanson des Cunnin'Lynguists, Linguistics. Avec des paroles comme : "Uh huh, word, uh huh word, yo yo, check it out", comment pourrais-je rivaliser ? En plus, ils ont mis des espèces de samples de trucs et ils répètent "linguistics", mais je trouve pas ça très probant, comme démonstration de la linguistique.

Autre trouvaille rigolote, l'afro-américain vernaculaire vu par des gens: l'afro-américain, ou BEV pour Black English Vernacular, est une forme de l'anglais qu'on trouve principalement dans la bouche des gens afro-américains, et dans celle des Blancs du Sud des Etats-Unis. Moi, ça m'intéresse de voir comment les gens réagissent aux paroles fort spirituelles d'un monsieur, Snoop Doggy Dog, en disant "ah, bah ça c'est un monsieur pas éduqué"... "il doit jouer un rôle"... Etc etc. C'est une variété de l'anglais qui a toujours été fort mal vue, à tel point que des débats et autres réformes de l'éducation ont été entreprises aux Etats-Unis pour voir si oui, ou non, le BEV était une forme codifiée de l'anglais ou juste ces "méchants monsieurs pauvres qui font rien qu'à déformer notre bel anglais". William Labov, entre autres, a fait beaucoup de travaux de sociolinguistique. Je conseille à ce sujet la lecture de Language in the Inner City, qui, bien que comportant des règles un peu wahou pour l'explication de l'omission du verbe copule (souvent be), par exemple, est quand même très intéressant pour expliquer le développement du BEV et des groupes sociaux.

Le Mal Ultime est atteint quand Noam Chomsky est interviewé par euh... Ali G. Eh oui. La Belle et la Bête. Booyaka. Mais c'est marrant quand même parce que pour l'habitué au débit et à l'accent du professeur du MIT, c'est un contraste, euh... rafraîchissant ? Les questions comprennent "How many words does you know ?" et aussi, la définition de "cunnilingual". Pauvre Chomsky.

Un cours d'espéranto pour les débutants, des dialogues passionnants de cantonais, et même des dialogues aussi passionnants en kazahk  (presque avec les mêmes acteurs, mais, c'est certain, avec le même fond magique) me confirment dans mon opinion, écrasée par les nombres de 1 à 20 en ukrainien (le titre est trompeur): les cours de langue, filmés, ça rend mal. Ou alors la linguistique et l'apprentissage des langues étrangères est toujours réalisée par des messieurs de 150 ans qui se disent "ouais, un fond bleu canard passé, ça va faire trop moderne !"

Bref, c'est magique. Je réclame donc de la linguistique groovy, du matériel éducatif de bonne qualité, et surtout, surtout, des paroles plus probantes pour les Cunnin'Lynguists. Non mais !

[cet article sera certainement le premier des articles dévolus aux reportages linguistes sur le net, et ses environs. Hah. Vous êtes bien attrapés.]

Posté par Succubae à 12:52 - Multimédiateries - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

dimanche 15 juin 2008

Podcasts divers de langues et de linguistique (pour entendre ce qu'on lit)

    Voilà une liste de petites chosines qui pourraient intéresser vos oreilles, si tant est que vous vous intéressiez aux mots, aux langues, et aux façons de les parler. Dans cette ère moderne, où les jeunes se baladent même plus avec de gros dictionnaires dans leurs sacoches en cuir, deux pommes de terres chaudes dans les poches pour se tenir chaud et traverser ainsi les 8 km de marécages qui les séparent de leur école froide et sordide où les attend un maître sadique qui donne des coups de règle en bois sur les doigts endoloris, le podcast est une invention moderne, traduit agréablement par le français baladodiffusion.

Veuillez, pour faire encore plus pédant, dire "balllladodiffusion" ou écrire "peaudequaste" pour faire comme moi.

Bref, on y va, hiouïgo, comme disent les skateurs quand ils font des half pipes de la mort et qu'ils se font même pas mal au skate après.

On va commencer par les radios du service public, par exemple France Culture, vu que vous êtes encore bien imprégnés  de "ballladodiffusion" (au pire, vous répétez plusieurs fois, et une fois le moment venu, continuez à lire cet article)

France Culture- L'Oeil du Larynx
Parution: tous les vendredis

Cette émission courte, d'environ 5 minutes, nous présente des mots divers, animés par la fourbe verve (ça fait joli ensemble, hein ?) du Professeur Rollin. Oui, le rigolo qui avait "toujours quelque chose à dire" dans Palace. Eh bien il a toujours quelque chose à nous dire, et toutes les semaines. Si j'étais une personne de mauvais goût, je donnerais des notes et tout, et la sienne serait bonne. 

France Info- Le Mot de la Semaine
Parution: tous les mardis

Frédéric Gezrsal (qui œuvrait dans les Dix Mots de Midi, sur France Inter, ou Europe 1 le dimanche matin il y a maintenant des siècles, l'émission présentée par William Leymergie et dont le générique était l'indicatif du truc de Ruquier dont je ne me souviens plus du nom, vu que la télévision, c'est le Mal) fait une chroniquette très courte, toutes les semaines itou, mais de 2 minutes. Il n'a pas le talent de notre bon Professeur Rollin (qui peut énerver, je comprends) mais là il nous case un milliard de mots dérivés d'un seul et unique, et c'est assez plaisant à écouter, surtout quand on est pressé.



    Pour la lexicographie pure, et en français, c'est fini. Il est à déplorer la perte de l'excellente chronique d'Alain Rey (dont j'ai évidemment des posters, des photos encadrées que j'embrasse tous les matins et tous les soirs pour qu'il me porte bonheur), sur France Inter, Le Mot de la Fin, qui était à la fois drôle, quotidienne, assez caustique et intéressante, ce qui fait beaucoup pour un seul homme.

En anglais, j'ai deux émissions un peu longues, qui concernent à la fois les mots et les façons de parler; de grands thèmes, comme les noms composés, la rhétorique, mais aussi les surnoms, les mots de la famille (cf article ancien de ce journal sur internet)... C'est beaucoup plus long, c'est américain, mais c'est gentil.

Tout d'abord, The Word Nerds
Parution: chaotique. Comptez un par mois, ou plus, ou moins. En gros.

L'émission fait environ 40 minutes, et chaque séance contient l'étude d'un gros mot, et est animée par 3 professeurs (qu'ils disent, qu'ils disent !). C'est assez sympa, c'est un talk show qui nous décrivouille assez bien ses thèmes. Pour ne pas conclure là dessus sur The Words Nerds,  sachez que la dernière édition concernait les jeux de mots et les jeux sur les mots, et qu'ils en sont à plus de 100 émissions, ce qui veut dire que c'est un business qui dure.

Puis vient A Way With Words,
Parution: tous les lundis

Bon talk show des familles: une dame auteur (auteure, ça fait un peu moche, écrivaine aussi et c'est même plus du français) et un monsieur lexicographe nous racontent leurs histoires personnelles, reçoivent des coups de fil de gens qui disent "bonjour, comment on appelle le creux derrière le genou ?" et ils leurs raccrochent même pas au nez, le tout dans une ambiance linguiste bon enfant. Les émissions standard durent 50 minutes, et il y a des "spéciales" de 5-6 minutes, où la dame, Martha, nous raconte une anecdote, et répond aux questions les plus étranges des auditeurs.
Le petit côté people voudrait qu'ils soient mariés, grâce à la ressemblance étrange de leurs noms. Mais non, elle s'appelle  Martha Barnette, et lui,  Grant Barrett donc c'est presque pareil mais en fait non.

Ce petit côté people vous a été apporté par moi. Merci.

Pour les ballllado-émissions plus portées sur les jeux de mots, de langue, et la pédanterie plus littéraire (non que je n'aime pas, loin de moi cette accusation, j'écoute aussi seulement c'est moins mon truc), je ferai un autre message.

Si vous avez des questions, des apports à ajouter, je prends *tout*. Si les liens ne marchent pas, c'est qu'ils ont été effectués avec mes doigts tremblants et pas très agiles, donc j'essayerai de kidnapper un ingénieur informaticien pour les rebidouiller. Si vous avez des photos d'Alain Rey, je prends aussi. Des dédicaces. Des petits signes de la main gentils. Des sourires en coin. Des coton-tiges usagés.

Ah, et évidemment, toutes ces émissions sont la propriété intellectuelle et physique de ceux à qui ça appartient, et je ne peux même pas être tenue responsable de tout ça. Et c'est presque dommage, donc je laisse les droits des copies aux gentils et aux méchants, même, qui ont créé toutes ces beautés pour que vous vous esbaudissiez les oreilles.

Posté par Succubae à 16:02 - Multimédiateries - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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