jeudi 15 mai 2008
Tu vas parler, oui ! (où on passe aux aveux)
Vu que les nouvelles du vrai monde ne m'apparaissent pas tout de suite comme ça hop, ou plutôt, étant donné que je vis dans un fouillis de papiers, je viens de retrouver un article.
Pas n'importe lequel, bande de canaillous, non. Un article très sérieux datant du 15 décembre 2007, du Monde 2, dans lequel Pierre Assouline nous parle de St Augustin. Oui, le monsieur qui a écrit ses Confessions. Pas Pierre Assouline, St Augustin.
Peter est en effet surpris, et nous chronique le tout dans son billet (Peter, c'est Pierre Assouline, mais comme il faut faire jeune et frais, hop, Peter): les Confessions que tout le monde connaît plus ou moins se sont transformées en Aveux. Les Aveux de St Augustin, tout de suite, ça fait film d'espionnage, avec la mafia russe qui court aux trousses du méchant policier afghan qui menace l'équilibre du monde entier, et St Aug', il en aurait survécu, pour tout nous livrer dans ses mémoires ultrasecrètes.
Le traducteur des Aveux de St Augustin nous raconte, par le biais de Peter, et le mien, que le mot latin confessio, en l'occurrence, désigne l'"invention de soi-même à travers les figures littéraires de l'aveu". Peter d'enchaîner : " le choix du mot "aveu" présente l'avantage de ne pas créer de confusion avec les secrets du confessionnal".
Certes, certes, mais je m'interroge. Comme je l'ai dit au début, les Aveux, ça fait immédiatement Le Parrain XII: Bloodshot. Et puis plein de livres médiévaux (bon, ok, j'ai qu'un seul exemple), par exemple, Confessio Amantis, où c'est moins les aveux de l'amant qui va bientôt mourir que des confessions: il doit bien retrouver la paix intérieure zen du Christ.
Penchons-nous donc sur les origines (sans trop d'étymologie) du mot aveu, et du mot confession et voyons lequel des deux est le plus exact, suivant, comme d'habitude, mon Dictionnaire Historique de la Langue Française . Le problème, c'est juste que d'une part, St Augustin, il a écrit en latin, et qu'en plus, les mots français sont attestés au moins 500 ans après la mort de notre canaillou, c'est pas ultra probant.
-Aveu : "action de reconnaître une action comme sienne" (début XVII° siècle)+ "témoignage de ce que qu'un autre a fait ou dit". (1611). L'aveu d'une faute est l'emploi le plus usuel, comme dirait St Robert.
-Confession: dérivé du latin confessio (hah, on y arrive !) avec comme sens "aveu de ses péchés"; "profession de foi": l'aveu de ses péchés à Dieu, à un prêtre ou d'une faute à quiconque.
Mince. Avec aveu, on a moins le côté confession, mais confession est plus complet, quand même, vu qu'on a aveu dedans. Certes, ça fait chrétien, confession, mais si St Augustin ne l'est pas hein, où va le monde. Bref, avec cette histoire de détaillous lexicologiques, on ne sait plus à quels saints se vouer (qu'est-ce que je suis spirituelle !).
Essayons maintenant l'arme ultime linguistique, qui fait frémir les plus petits, et les plus grands ensemble, dans une chaîne humaine de la terreur. Les plus perspicaces d'entre vous y auront déjà pensé. Non, pas un Académicien, non.
Google Fight.
Si je tapote "aveu"/"aveux" contre "confession"/"confessions", j'y arrive toujours au même résultat: "confession/s" poutre la face de "aveu/x" comme un catcheur qui aurait envie de démontrer au freluquet qui glousse bizarrement que sa tenue moulante rouge flashy, elle est pas ridicule. Elle contient les muscles.
Je vous laisse le dernier mot concernant cette histoire, non sans vous raconter à ma sauce les anecdotines suivantes concernant les traductions diverses et variées des titres de livres:
Guerre et Paix a été La Guerre et la Paix. Jusqu'ici tout va bien, on est encore en niveau easy.
Dostoïevski a écrit Le Sous-sol. Bon, jusqu'ici tout va bien. Jusqu'à ce que le titre soit retraduit en La voix souterraine, puis Du fond du souterrain, Mémoires écrits dans un souterrain, Notes d'un souterrain (on garde un certain fil conducteur, tout de même), jusqu'à Les carnets du sous-sol.
Ah bravo, les gars, belle solidarité. J'imagine le fan de Dosto' qui se dit "Chic, un nouveau livre, ça doit être la suite de Le Sous-sol, j'ai quiphé grave" et puis en fait non.
Après, ça chipotouille un peu. Freud et son L'interprétation des rêves est devenu, depuis 2003, L'Interprétation du rêve. "Oui, mais le pluriel, c'était comme ci" "Le singulier, c'est comme ça". Bon, Freud, il l'a appelé Die Traumdeutung, fatalement, avec une langue germanique, on a moins besoin de prépositions et de genres, mais quand même, c'est du singulier, si je ne m'abuse, vu que Traum, hop, Träume au pluriel.Et vu que je viens de me farcir en allemand la page sur l'interprétation du rêve, avec des mots en Traum partout, on va pas contrarier ni la nouvelle traduction, ni moi, non mais.
On a aussi Au-dessous du volcan, de Malcolm Lowry, qui est devenu Sous le volcan. Hmm. Under the volcano, en même temps, même en traduction minable, ça reste sous le volcan, à moins qu'on veuille ajouter de la littératuralité.
Alors, faut-il sacrifier la correction du mot à mot pour faire plus joli dans la langue de destination ? Mieux vaut-il faire dans le Panzer Traducteur, et faire tout bien comme l'auteur l'a dit au risque de faire du calque honni par les meilleurs ? Faut-il rajouter sa touche personnelle parce que, n'est-ce paaaas, on est quand même carrément meilleur que les traducteurs d'avant ?
Je n'ai pas de réponse précise, et j'imagine que le mieux, c'est quand même de faire une sorte d'équilibre, où on bricole avec sa langue pour faire un travail joli et proche du texte. Evidemment, c'est herculéen.
Alors, prise d'un scrupule effroyable, après la lecture des traductions successives de tous ces titres, et surtout du dernier, j'ai été vérifier. Oui, l'esprit est faible: j'avoue, j'ai été vérifier que Sous l'océan, dans la Petite Sirène de Disney, c'était bien Under the Sea en anglais.
Et ça l'est. Le soulagement qui m'a envahie est indicible, et ma confession faite, je peux aller en paix.
lundi 15 octobre 2007
Des Chiffres et des Lettres (Arlette, vérifiez dans le Larousse...)
Chers amis, cette diatribe (sans ronds de jambe, sans introduction douce) va traiter du rapport entre les lettres, nos amies de tous les jours, tous ces petits graphèmes et les chiffres, ces unités qui servent aux gens qui font de la Science Dure, comme les Mathématiques, la Chimie, la Physique.
Eh non, je ne vais pas vous parler de cette émission fascinante, les "Chiffres et les Lettres", où Arlette et son compagnon dont j'ai oublié le nom se battent à qui cherchera le plus vite, qui dans son Larousse, qui dans son Petit Robert la définition de "Cavoline" le plus vite. Les anagrammes et autres jeux de langues, j'en parlerai bien assez tôt (quand j'en aurai le temps).
En effet, on a beau penser que les linguistes sont des gens cultivés, amoureux de la langue, celle ci doit bien passer par la case chiffre. Le chiffre est un graphème comme les autres, après tout. Nous, nous avons un système basé sur 10, comme les doigts, et les chiffres occupent une place non négligeable dans le langage parlé français.
"22, vl'à les flics !". 22. Pourquoi ce nombre ?
On peut penser que 22, c'est la somme des lettres qui composent le mot "chef". Donc prudence. Ou alors la taille des couteaux dont la lame fait 22 cm de longueur, et qui était très utilisée dans l'argot de ce XIX° siècle prolifique en inventions linguistiques.
"la gueule de 15" est moins connue, mais ça veut dire "une tête d'abruti", "de mal construit". En effet, on peut voir que le chiffre 15 est quand même pas très équilibré dans sa forme, et que donc, avoir une "gueule de 15", c'est comme une gueule de raie, c'est pas joli.
"Ta mère, c'est comme une Super Nintendo, elle aussi a 32 bit". Ah ha. Humour grivois des cours d'école, quand tu nous tiens... Mais il parait qu'on dirait "lui, il a une mémoire vive de 16 K/octets' pour parler d'une personne ralentie... Car mes amis, les chiffres, là, ils sont pas bien gais, on leur donne quand même souvent un sens négatif... 15, 16, 64... C'est triste. Mais le dernier exemple me permet aussi de parler du 69, chiffre mythique de la jeunesse aux hormones enfiévrées, qui met des débardeurs et des pulls arborant ce charmant nombre. Je ne prends même pas la peine de le définir, le monsieur qui avait réussi, il y a quelques mois, à parvenir ici en tapant "fille de couverture hongroise" pourrait certainement vous l'expliquer.
On peut aussi être "un as", un "jeune premier", mais là on passe dans les appelations ordinales. "Il a été bon dernier", aussi, peut (à la limite) concerner les nombres, dans la mesure où ils quantifient.
Les expressions avec des nombres et des chiffres dedans sont légions dans notre jolie langue: bon, là j'arrive plus à trouver d'autres exemples mais y'en a plein. Ah oui, "c'est un beau 90-60-90",
D'ailleurs, on ne dit pas "Combientième ?" mais "Quantième ?". Ca fait plus clâsse, et c'est quand même carrément plus grammaticalement correct.
Et encore. Ces réflexions ne sont que la partie immergée (ou émergeante, ou immigrée ou euh... dictionnaire ?) de ce qu'on pourrait dire sur les chiffres... Allez, tous à la troisième mi-temps !
lundi 23 juillet 2007
Des mots des langues... Nécessaires mais absents
Récemment, il m'est arrivé une mesaventure dont le seul interêt réel est d'introduire le sujet. En fait, de le présenter.
En effet, lors d'une petite partie de campagne sur un déjeuner sur l'herbe, j'ai mangé deux gâteaus l'un après l'autre, puis une mousse au chocolat. Le sucre a pris le dessus sur moi, et j'ai lutté pendant une demie heure contre une sorte d'euphorie qui me faisait trembler, également... Bizarre.
Une fois rentrée chez moi (en bravant des périls innomables), je me suis empressée de raconter l'histoire. Evidemment, une sur-dose de sucre, pour une personne maîtrisant si superbement les langues, ça s'appelle une "hyperglycémie" (enfin, je dis ça, c'est surtout un calque de "hypoglycémie", avec un préfixe grec qui va bien). Certains n'ont pas compris tout de suite, ce qui veut dire que mon mot est soit inexact, soit inutilisé couramment.
Or, j'ai raconté mon histoire à un chat, qui m'a répondu "mais tu as fait un "sugar rush", c'est ça ?"
Rhâ.
Effectivement, en français, il est plus courant de parler d'hypoglycémie, quand un ami fait un malaise et devient tout pâle hop, un sucre et c'est reparti. En revanche, l'overdose de sucre est très rare ici, au point où le jumeau maléfique de "hypoglycémie" soit accueilli avec perplexité, voire incompréhension...
Alors qu'en anglais, hop, "sugar rush" et c'est bon.
Comme quoi, certains mots, certaines expressions existent dans une langue... et leur antonyme dans une autre. Etonnant, non ?
lundi 20 novembre 2006
Les produits alimentaires, des sensations "purures"
Juste un tout petit message... Mon attention a été maintenant à maintes fois attirée par les étiquettes de pots de yaourts...
Tout d'abord, la marque "Vrai", elle imprime bizarre les étiquettes. Si si. Sur mon yaourt nature, là, même pas au niveau de la coupure de l'étiquette, il y a un texte étrange, que je vais vous retranscrire tel quel. Donc, à droite du logo de la marque, on peut trouver:
"Consomommer Bio,
C'est offrirrir une terre
Saine et et vivante
A nos os enfants".
Moi, je veux bien qu' ''offrirrir" soit une coquille genre "on va couper l'étiquette à cet endroit, alors on va en rajouter un peu. Remarque, pour les autres aussi. Or, c'est de l'autre côté, le point de colle. Et puis j'aime bien l'expression "à nos os enfants", ça fait presque poétique.
"Nous donnerons un futur radieux
A nos os enfants, adultes et vieux."
Et là, sur une compote, je viens de voir "sans sucres ajoutés". Déjà, si je ne m'abuse, ça fait une faute d'accord, s'il y a aucun sucre, pas besoin de mettre un pluriel... Mais creusons plus loin.
S'il y a présence du pluriel, ça veut peut être dire que les méchants qui ne mettent pas de pluriel rajoutent des sucres quand même ! genre "On va mettre "sans sucre ajouté", mais on va rajouter du glucose d'amidon spounzé et de la fructose, de toute façon, c'est pas la même chose que le sucre normal !".
Quelle perversité, quelle cruauté dans le monde de l'alimentaire, je vous jure. "Sans Sucres Ajoutés", c'est le début de la parano, "est ce qu'ils ont rajouté du sucre dans ma petite compotine de fruits à moi ou est ce qu'ils sont scrupuleux en grammaire ?"
En attendant, je guette toujours pour vous la petite coquille, le petit défaut... Et je mange toujours ces yaourts.
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Edit: Mea Maxima Culpa, comme on dit en Ardèche. Sur les yaourts "vrai", j'ai vu que le texte de la consommomation pouvait aussi être découpé, c'est à dire du côté du point de colle, et qu'à ce moment là, tout coïncidait parfaitement...
Ils sont forts dans l'industrie du Yaourt, quand même !
mercredi 18 octobre 2006
Un jour j'irai en Ecosse avec toi...
L'Ecosse. Scotland. Escocia. C'est beau, c'est wizz et c'est surtout le petit sujet choisi ce soir pour vous divertir.
Au cas où vous n'êtes pas familiers avec ce pays, Super Linguiste a préparé pour vous, lecteurs chéris (les deux du fond qui ont pas osé se mettre devant) un petit guide de survie de celui qui irait s'aventurer dans les sombres terres des Highlands (ou des Lowlands).
D'ailleurs, à ce propos, honte au dictionnaire Larousse, qui présente une petite carte d'Ecosse en mettant en haut "Highlands", et en bas "Highlands du Sud". Ben non. C'est pas possible, qu'il y ait des Hautes-Terres et des Hautes-Terres du Sud. Même en considérant que c'est quand même le nord de l'île, non.
Déjà, l'Ecossais est gentil. Il a ce côté mediterranéen (étrange, non ?) des gens qui vivent au Nord. Et là bas, ils ont pas des corons, mais des Fish & Chips. Et une batterie de mots étranges, dont je vais vous parler dans le présent message, histoire de pas être perdus entre la statue de William Wallace (de Stirling, modelée sur le petit corps poilu de Mel Gibson) et le loch Ness.
La simplicité et la brièveté de ce message ne m'autorisent pas à rentrer dans les détails pour tout ce qui est prononciation, mais sachez qu'ils ne roulent pas les /r/. Ils sont juste un peu flappés, pas roulés pour de vrai. Ne vous attendez donc pas à votre oncle Berrichon qui "pôôôRRR côm ça" et qui vous fait raconter des anecdotines si cocasses en soirée, c'est pas exactement pareil. (Outre le fait que ça soit en anglais, hein.)
Là, je fais dans le débroussaillage du superficiel, les choses usuelles dont on a besoin tout le temps en Ecosse. Oubliez tout ce que vous savez sur l'anglais, le "Hello, my name is David et Jonathan".
Lexique le débrouillage en Ecosse:
Bonjour (quand on connait): Hiya !
Oui: Aye (pas trop de "yes"). En revanche, on dit pas "Nay" comme dans les films du moyen-âge. Mais aye quand même.
Merci: cheers !
Au revoir et merci : cheerio ! (genre quand vous venez de prendre un muffin aux blueberries dans le café bizarre)
Attention:
- le verbe "can" veut dire "know" (aussi). Donc quand ils vous disent "I don't can", c'est normal, même si les grammairiens de l'anglais standard s'en déchireraient le Grévisse.
- les négations sont en "nae". Donc "I cannae", "I didnae" sont assez courants. Soyez au courant. (ah ha, spirituel humour)
Si vous montez dans les îles Shetland et dans le nord, là bonne chance pour comprendre, même si vous parlez bien anglais. Juste un petit truc (la prononciation est cauchemardesque, je ne m'y risquerai pas dans l'espace qui m'est accordé) : eux, ils continuent à voussoyer (eh oui, pas vouvoyer, ça c'est un glissement à cause du mot tutoyer) et à tutoyer les gens.
Tu = du, vous = you. Ca rime, c'est beau.
mardi 17 octobre 2006
Apostrophons les gens (une expérience)
Aaah... Tout le monde n'a pas fait latin LV2 (si si, ça existe dans certains établissements scolaire) ou autres langues, et donc tout le monde ne connait pas le vocatif.
Dans les langues à déclinaison, le vocatif, c'est le cas de l'apostrophe. Non, pas celle là '. Celle de "Eh, Marius, tu as pensé à recoudre ton pantalon ?" (magnifique exemple. Au moins, quand on sourit (ou qu'on est affligé) on retient mieux).
En fait, je ne sais pas pourquoi je parle du vocatif, puisque je vais vous proposer une mini expérience. Comme je suis une personne tête en l'air, je ne sais jamais quoi dire aux gens, entre "bonjour" et "bonsoir" (certains Canadiens francophones disent "bon matin") pour les saluer.
Du coup, il m'arrive de me tromper. Eh bien si vous dites la mauvaise formule en premier, l'autre va vous répondre la même. Si si, essayez, pour voir. Moi, j'ai environ 3 personnes sur 4 qui vont répondre "bonsoir" à 14h, tout ça parce qu'ils n'ont pas initié le dialogue. Faites attention à pas tester ça quand le jour se couche, ou à partir de 5h, parce qu'il y a comme un moment de flottement à ce moment là, on ne sait pas encore si c'est toujours bien le jour ou le début du soir...
Décomposition du pourquoi de la chose c'est quand même incroyable ce phénomène de langue:
En fait, on y pense jamais à ces petites formules de politesse toutes faites. On les dit, on gère un peu l'heure histoire de pas se tromper entre les deux (ou trois) options (pensez à l'espagnol, avec ses multiples formules dépendant de l'heure). Mais quand on répond, et ce même quand le salut est "incorrectement utilisé", on mime l'autre comme pour être plus proche de lui, si vous voulez. Ou même on fait pas gaffe, on reste en roue libre et on dit tout pareil, comme ça, parce que saluer quelqu'un ne va pas non plus mobiliser des tonnes de réflexion...
En plus, il se peut qu'on ait pas envie de corriger l'autre, ce qui serait légèrement impoli, alors on répond à son erreur en feignant de ne pas la voir, et de la faire soi-même.
Quant à la personne sur quatre qui répond en corrigeant la faute, elle a toujours un petit moment de recul, de réflexion, comme pour bien vérifier mentalement que l'autre s'est gouré dans son salut. Et hop, "prends toi un "bonjour" dans les dents, toi qui n'es même pas capable de voir qu'il n'est que 9h du matin".
Là, ce sont de vagues analyses, je n'ai pas essayé non plus sur de multiples personnes, mais c'est toujours un peu rigolo et instructif. Voilà encore un nouveau petit jeu fabriqué par Super Linguiste. Yeah.
Un Américain à Paris "how do you do?"
Le titre induit en erreur. Cette historiette (et la réflexion connexe) me viennent des Etats-Unis, où un ami américain me demanda "Dis moi, Super Linguiste, est-ce que c'est vrai que pour vous demander comment vous allez et pour répondre, en français, vous dites les mêmes mots ?"
Et là, j'ai pensé à notre fameux:
(Poupinet) -ça va ?
(Poupinette) - Ca va.
Si c'est pas merveilleux, les pouvoirs de l'Intonation... Le premier "ça va", avec son intonation montante montre que c'est une question même si la phrase est pas construite comme telle (là, c'est sujet + verbe, alors qu'une question c'est Pronom interrogatif + verve + sujet, en Bon François). Quant au second, on peut le moduler à l'infini, on peut faire un ton ironique, sérieux, on peut introduire une nuance de doute en montant/descendant/montant...
Bref, bravo, l'Intonation.
Ca me rappelle aussi ces premiers cours d'anglais, où on apprenait qu'il fallait dire "how do you do ?" et répondre pareil, avec l'intonation de la question à la personne. Bon, maintenant, je ne vois guère que la Reine et ses amis Lords pour faire ça... Mais l'usage perdure. Un autre ami m'a confié qu'il avait répondu à un vieux Lord "fine, and you ?" à son "How do you do ?", ça avait vrillé les moustaches de son interlocuteur...
(ah, enfin un article court, avec un truc à méditer. C'est beau.)
mercredi 4 octobre 2006
Juste une petite rigoloterie chinoise.
Comme y'en a marre des messages à rallonge, j'ai décidé de faire des billets courts. Voilà une curiosité que mon ami Super Sinologue m'a confiée hier (mais qui mérite une petite introduction de 146 lignes, vous commencez à me connaître).
Le chinois est une langue très ardue, du fait qu'il existe une gamme de sons très petite, mais qui sont différenciés les uns des autres par les tons. Bon, comme ça ça parait difficile, mais pour des locuteurs d'une langue aussi peu tonale que la notre, c'est l'enfer. L'autre problème, c'est que l'oral ressemble pas du tout à l'écrit, où on a pas en gros un son= une lettre, mais que le chinois est écrit en idéogrammes, c'est à dire en dessins stylisés à l'extrême qui représentent... une idée. Ou une partie d'une idée, vu qu'il existe des clefs de lecture (214 en tout) qui correspondent à de grands thèmes, comme "insecte", "bois" (qu'on utilise aussi pour dire "maison à étages"), "or" (utilisé pour tous les métaux) qui précisent le sens du groupe d'idéogramme.
En gros, un enfant connait un millier d'idéogrammes, un ado, 3000 et pour les gens ayant suivi des études universitaires ou supérieures, de 5000 à 6000. Et pour lire un journal, en plus, faut être sacrément balèze: certains groupes d'idéogrammes ne veulent pas dire la même chose combinés ensemble, un peu comme la grosse vis en plastique qui devient le butoir d'un tiroir Ikea: on peut pas voir le sens des groupes sans avoir le tout sous les yeux. Un exemple simple: le signe de l'arbre est facile à dessiner, bon, il ressemble en gros à un monsieur (ah, comme c'est facile de parler d'idéogrammes sans avoir d'images !). Mais quand on en met deux côte à côte et qu'on colle la clef de la manifestation divine, hop, ça veut dire "interdire". Là c'est juste une combinaison qui donne un idéogramme un peu compliqué et écrit en tout petit, vous allez me dire. Eh ben si on a un verbe + sous (xià) + venir (lài) , ça veut dire quoi ? Se souvenir de faire un truc ? Ah ha, non ! C'est "se faire peu à peu".
Les deux choses rigolotes que je voulais dire, c'est: le mot "chat" en chinois vient du miaulement, donc c'est "mao" (troisième ton, me dit Super Sinologue, et quand il me l'a prononcé, je me croyais chez moi avec le siamois). Par contre, le "Mao" dans Mao Zédong, ça veut dire "poil". C'est quand même curieux (ah oui, ça me rappelle: si on écrit plus Mao Tsé-Dong" comme avant, c'est parce que maintenant, les Chinois en ont marre qu'on écrive avec nos conventions, alors on doit se calquer sur le pin-yin, la convention des chinois pour représenter leurs mots à eux avec notre alphabet latin à nous.
Pour vous remercier d'avoir lu tout ça, je peux encore vous dire que le chinois est donc une langue très imagée, et que "gros" s'écrit " corps en forme de lune". Charmant, non ?
mercredi 27 septembre 2006
Artificielles, oui, inutilisées non ! (une introduction aux langues construites ou conlangs)
Depuis
toujours, des gens ont tenté de créer des langues et
des codes secrets, pour rester, par exemple à l’abri des
oreilles indiscrètes, ou créer une langue
internationale, ou pour le plaisir de créer, tout
simplement... Y’a pas que le Klingon et les langues de Tolkien qui
existent, alors hop. (eh oui, l’inspiration de cet article me vient
d’un commentaire de Mister T)Aujourd’hui, les langues construites
(par opposition aux langues naturelles, qui ont connu un
épanouissement sur de longs siècles. Non, celles là
ont été inventées par une poignée
d’hommes, des instituts mais pas par des siècles
d’évolution... Je m’égare dans le lyrisme).
D’abord, y’a les langues crées sur
d’autres systèmes: l’interlingua, et l’espéranto
en sont deux exemples qui ont connu un certain succès,
l’espéranto étant toujours pratiqué par
environ un million de locuteurs(en vrai, il y en aurait entre 10 000
et 2 millions... Dont 1000 personnes qui parlent espéranto en
tant que langue maternelle. Bah oui, le papa yougoslave rencontre la
mère argentine dans un congrès en espéranto,
l’amour flamboie... Et les enfants parlent espéranto.
Attendrissant, non ?).
Ca me rappelle le début du poème Tyger de William Blake, qui donnait en anglais ‘Tyger, tyger, burning bright’ et qui était en espéranto ‘tigro, tigro, bruli brile’. C’est meugnon.
On va d’ailleurs rebondir dessus (boing) pour parler de la formation de l’espéranto:
Il a été inventé à la fin du XIX siècle par un ophtalmologiste, Zamenhof. (en passant: la religion Oomoto vénère cet homme et prône l’utilisation de l’espéranto... Et c’est pas la seule religion qui utilise l’espéranto !)
Le vocabulaire de l’espéranto est basé sur les langues romanes (venant du latin) et, dans une moindre proportion, des langues germaniques ... Du coup, les gens qui parlent au moins une de ces langues n’a pas trop de mal à déchiffrer les textes en espéranto, normalement.
-Les noms communs ont le suffixe -o (-on au pluriel) au nominatif, et -oj/-ojn à l’accusatif (enfin, quand ils sont placés en objet dans la phrase.)
-Les adjectifs se terminent en -a/-an, et en -aj/-ajn. Jusqu’ici tout va bien...
(eh oui, langues romanes dans le vocabulaire, et slaves et germaniques dans la grammaire...)
les verbes prennent le suffixe -as au présent, -is au passé et -os au futur. (l’infinitif est en -i )
Je ne rentre pas plus dans les détails, ce petit point de grammaire ayant été bien suffisant, j’espère. Grammaire germanique oblige, on peut mettre les mots dans l’ordre qu’on veut, (en gros, hein, on ne déplace pas l’article défini sans son petit nom, par exemple).
Donc on a Tigro tigro, bruli brile.
Tigro est un nom normal, sujet, donc -o
Bruli est le verbe brûler à l’infinitif. Wahou, quelle découverte encore !
Brile vient de l’adjectif « brila » qui signifie luisant, magnifique.
L’interlingua, moins connu (et moins vieux surtout) vient aussi des langues romanes... Cette langue construite a été inventée en 1951. (en fait, y’a deux langues qui s’appellent Interlingua: une qui est du latin sans flexions, et l’autre dont je vous parle, et qui a été créée par l’Association Internationale des Langues Auxilliaires). Elle a peu de locuteurs dans le monde (j’arrive pas à trouver de chiffres), et puis elle est, paraît-il, plus simple à comprendre au début que l’espéranto, mais plus difficile à mettre en pratique en vrai de vrai. Donc pas de bébés interlinguistes... (si je puis dire).
Ensuite vient la cohorte de langues inventées par une personne, juste comme ça, pour le plaisir ou pour rentrer dans un univers fictionnel bien particulier.
C’est le cas des langues inventées par Tolkien (prononcez « Tolkine » ) qui était philologue, et qui inventa une quinzaine de dialectes inspirés du gallois, du finnois, de l’akkadien (une langue sémitique aussi appelée assyro-babylonien, rien à voir avec l’acadien parlé par exemple au Canada ou en Louisiane)... N’étant pas Super Tolkien, je ne rentre pas plus dans les détails, de toute façon, des dictionnaires de Sindarin et les sites internet dédiés aux langues de Tolkien existant déjà bien avant que je me décide à écrire là dessus. Mais bon, je peux ajouter que les langues de Tolkien ont une vraie base sérieuse, et donc qu’il est plus ou moins facile de les apprendre en vrai.. Mais pas forcément de les utiliser, vu qu’il nous manque du vrai vocabulaire de la vraie vie de tous les jours avec ses « t’as pensé à acheter de la litière ? ». Là, ces langues pèchent un peu.
Tolkien n’est évidemment pas
le seul à créer des langues pour le besoin de ses
ouvrages (voyez le novlang de 1984 qui était une
adaptation de l’anglais, par exemple)... Et de nombreux systèmes
d’écriture seuls ont aussi été inventés
(allez sur le site omniglot pour plus de renseignements, les
alphabets complets (mais décrits de manière sérieuse)
sur les alphabets inventés).
Pour les besoins ludique de
ce texte, voilà la présentation du Klingon. Cette
petite langue créée pour les films de Star Trek par
Mark Okrand n’est inspirée par... aucune langue du monde.
(certains systèmes grammaticaux étant pompés sur
le sanskrit ou le nahuatl quand même). Comme le klingon est
censé être une langue extra-terrestre, la phonétique
est extrêmement difficile pour nous, humains, mais comme c’est
quand même nous (enfin, les Trekkies) qui l’utilisons, ça
va...En fait, c’est à cause du fait qu’Okrand a voulu
plein de séquences de sons introuvables en langues humaines,
même s’il n’y a que 5 voyelles comme en Espagnol.
Pour la petite histoire (je suis pleine d’anecdotes aujourd’hui), un certain Dr d’Armond Speers décida un jour d’élever son enfant en bilingue, Klingon-Anglais... Sa femme parlait à l’enfant en Anglais, et lui en Klingon. Vachement pratique, d’autant plus que cette langue ne possède pas non plus des mots simples comme ‘table’, par contre, je suis certaine qu’on peut dire ‘vaisseau intergalactique à fission liquide’... Evidemment, le gamin a commencé à rechigner, vu qu’à part Papa Bizarre, y’avait personne ou presque pour parler Klingon avec lui (les amis de Papa Bizarre, peut être ?)... Et un jour, il a fait la grève au Klingon, avec la pancarte et tout (là j’enjolive un peu, certainement) et n’a plus jamais voulu utiliser cette langue...
Bref. Le Klingon a un alphabet propre, mais peut aussi être utilisé avec notre bon vieil alphabet latin, pour peu qu’on écrive les mots avec des majuscules au milieu (donc qu’on ait pas un traitement de texte trop méchant vu que ces lettres représentent des sons à part entière), avec plein d’apostrophes au milieu, comme en hawaïen, mais parlé par des geeks, quoi. (même que comme en hawaïen, y’a des stops glottaux. Je ne m’étends pas plus là dessus pour le moment, je vous expliquerai le vocabulaire de la phonétique plus tard).
La structure grammaticale normale d’une phrase en klingon est en ‘objet verbe sujet’ (quand je vous disais qu’il voulait faire un langage étrange !), et une syllabe est toujours composée d’une consonne + une voyelle prononcées, et deux consonnes ne peuvent pas se suivre.
Je ne résiste pas au plaisir de vous fournir le lien vers le très sérieux institut de Klingon, où on peut suivre des études et avoir un diplôme et tout. Y’a même des pièces de Shakespeare traduites en Klingon, c’est charmant (paghmo' tIn mIS est trouvable dans toutes les bonnes librairies. Si si, demandez Beaucoup de bruit pour rien en Klingon, et le vendeur et vous passerez un bon moment à rire tous les deux !)
Pour le moment je m’arrête à cette présentation superficielle et pas très très marrante... Par la photo des membres de la qep’a’ (la convention de Klingon)... http://www.kli.org/stuff/qepa.html Tiens, en bas à droite, notre ami d’Armond Speers...! Moi, je sens que ces gens sont très épanouis par leur apprentissage. En voilà de gentils Linguistes !
Et hop, le site d’Omniglot! Et sur la page des scripts inventés, en plus ! http://www.omniglot.com/writing/conscripts.htm
(qu’est ce que je suis sympa de faire les recherches à votre place quand même).
mardi 26 septembre 2006
Windows en Alsacien: allo allo, monsieur l'ordinateur (Härr Dàtaverschàfungsànlàga ou Kompüter)
La nouvelle est tombée, Windows veut traduire ses logiciels (la suite Office et PowerPoint) et systèmes d’exploitation en langues régionales. Pour les chiffres, je vous conseille de télécharger l’émission de Pascale Lafitte-Certa du dimanche 24 septembre sur le site d’Europe 1 mais je peux aussi vous les donner puisque je suis sympa: sur 6000 langues parlées dans le monde (selon l’émission. Tiens, Michel Malherbe parle de 3000 langues distinctes. Passons), seules 23 sont représentées dans Windows et Office. En même temps, toujours selon Malherbe (je vous donne la référence de son bouquin à la fin, soyez patients), « à peine plus d’une centaine » de langues sont écrites. Bon.
Une petite parenthèse: en Allemand, on a le Denglisch (allemand + anglais) qui permet des fantaisies dans la langue informatique, par exemple « update » n’est pas traduit dans Windows XP (sinon, ça donnerait Aktualisierungen ce qui est quand même beaucoup plus long), et de toute façon, les allemands ont germanisé des verbes comme « downloader », (participe passé: gedownloadet ou downgeloadet), mais ce qui est rigolo avec l’Alsacien, c’est qu’il a fallu inventer plein de mots, vu qu’il y a pas vraiment de vocabulaire moderne (je vous parlerai plus en détail plus tard des nouveaux apports officiels au lexique du gaélique écossais, un peu dans le même genre)...
Voilà quelques mots en vrac de notre future version en Alsacien, donc (c’est le département de dialectologie de l’université Marc Bloch (Strasbourg) qui s’y colle):
Souris : e schaarmüüs (tiens, tiens, müüs... Ca vous rappelle pas quelque chose? Remarque c’est normal)
Cliquer: drick druff
Favoris: d'chouchous (c’est trop mignon)
(Huguette Dreinkaus, j’ai pas l’adresse du lien exact).
Clavier a été traduit par « planche à touches » (comme en anglais et en allemand, en fait. Je ne suis pas certaine de l’orthographe, mais il me semble que ça se dise ‘tastchbrett’, ce qui n’est pas super loin du mot allemand, qui est die Tastatur)...
2500 mots ont été traduits, puis des phrases entières comme « une erreur fatale...dans le cluster... » (là ils ont du bien se marrer à traduire tout ça), ce qui représente quand même 50 000 mots au total.
Moi je le veux, le Windows avec la suite Office en Alsacien (le Maori, le Quechua, le Catalan, le Zoulou vont aussi être disponibles). Ces versions seront gratuites, il n’y a qu’un parch à télécharger sur le site de Microsoft dosponible à partir de mars 2007.
Paraitrait aussi que la Bretagne se bat pour avoir une extension en .bzh...
Et puis Google est disponible en plein de langues aussi... Si vous allez dans préférences, vous verrez. Même qu’on peut choisir une langue inconnue, vu qu’il est quand même bien facile de naviguer dans les panneaux et de reconnaître les onglets « image », « recherche avancée » etc... Et c'est amusant (bon, d'accord, ça n'amuse que moi) de voir "web" en gallois, en turc ou en serbe...
Voilà la liste des podcasts d’Europe 1. Le programme qui nous intéresse étant « Sciences et Langage », vers le bas de la page: http://www.europe1.fr/podcast/index.jsp
http://de.wikipedia.org/wiki/Denglisch
Et voilà l’article de la wiki qui parle de Denglisch (en allemand, le plus complet). Si vous voulez l’avoir en français, soit vous changez le de par fr dans la barre d’adresse, soit vous cliquez en bas sur les langues (mais ça je vous l’apprends pas vraiment. Les autres langues disponibles sont français, anglais et polonais).
Le Michel Malherbe: Les langages de l’humanité.
Robert Laffont, collection Bouquins, 33€.
Michel, il aime bien l’humanité. Il a aussi écrit « Les Religions de l’humanité », « Les Cultures de l’humanité », et a collaboré à « Les Philosophies de l’humanité », et enfin, à « Les Musiques de l’humanité ».
C’est la journée Européenne des langues ! Youpi !